Plat emblématique de la gastronomie française, la Blanquette de veau est bien plus qu’un simple ragoût.

C’est une institution culinaire, un plat de l’enfance et des réunions de famille. Sa sauce crémeuse et blanche, sa viande de veau fondante et ses arômes subtils en font une expérience réconfortante inégalable.

Mais d’où vient cette recette mythique ?

Quels sont les secrets des chefs pour obtenir une onctuosité parfaite et une viande tendre ?

Plongez dans l’univers de ce classique intemporel pour tout savoir, de ses origines bourgeoises à sa recette traditionnelle.

 

I. L’histoire secrète de la blanquette de veau : un plat bourgeois révolutionnaire

 

Contrairement à de nombreux plats de terroir français nés dans la cuisine paysanne, la blanquette est considérée par les historiens culinaires comme un plat bourgeois, dont l’essor est intimement lié à l’évolution de la cuisine française au et siècle.

 

1. La naissance du concept : Utiliser les restes

 

L’histoire de la blanquette est liée à une technique ingénieuse d’économie. Historiquement, le terme « blanquette » désignait une préparation utilisant des restes de viande cuite (souvent du veau, mais aussi de l’agneau ou de la volaille) qui était ensuite « blanchie » par une sauce à base de roux et de crème.

Le but était de masquer l’aspect et la saveur d’une viande déjà rôtie ou bouillie en la nappant d’une sauce blanche et riche. Le nom lui-même vient de l’adjectif blanche, en référence à la couleur immaculée de sa sauce.

 

2. L’ascension bourgeoise au siècle

 

C’est au siècle que la recette évolue vers sa forme moderne et s’impose dans les cuisines de la bourgeoisie parisienne. La blanquette n’est plus faite avec des restes, mais avec des morceaux de veau frais (tendron, épaule, collier), blanchis avant d’être mijotés.

  • 1806 : La mention d’une « Blanquette de veau aux champignons » apparaît dans des ouvrages, confirmant que la recette est déjà codifiée.

  • Symbole de Raffinement : Elle symbolise alors une cuisine de confort, raffinée mais sans ostentation. Elle est à l’opposé des sauces brunes et corsées de l’Ancien Régime. La blanquette devient le plat de la tradition familiale et du dimanche.

 

3. La blanquette dans la culture populaire

 

L’ancrage de la blanquette dans l’imaginaire français est tel qu’elle est omniprésente dans la culture :

  • Littérature : Le célèbre Commissaire Maigret, créé par Georges Simenon, est un grand amateur de la blanquette préparée par son épouse, tout comme le Commissaire San-Antonio de Frédéric Dard.

  • Cinéma : Dans le film culte OSS 117 : Le Caire, nid d’espions, la phrase de code pour l’arrivée de l’agent n’est autre que : « Comment est votre blanquette ? » illustrant son statut de référence française absolue.

Aujourd’hui, même si les pratiques culinaires ont évolué, l’esprit de la blanquette reste le même : un plat mijoté qui demande du temps et qui récompense par un goût d’authenticité inégalé.

 

II. La recette traditionnelle de la blanquette de veau (pour 6 personnes)

 

Réussir une blanquette, c’est maîtriser deux étapes clés : la cuisson de la viande pour son moelleux, et la réalisation de la sauce pour son onctuosité.

Catégorie Ingrédients
Pour le Veau et le Bouillon 1,2 kg de veau (épaule, tendron, collier) coupé en cubes
2 Carottes, 2 Poireaux (blanc uniquement), 1 Gros oignon
1 Bouquet garni (thym, laurier, persil)
2 Clous de girofle
Sel, poivre, eau froide
Pour la Sauce Onctueuse 50 g de Beurre
50 g de Farine (pour le roux blanc)
20 cl de Crème fraîche épaisse (entière)
2 Jaunes d’œufs
Le jus d’un demi-citron
Garniture 300 g de Champignons de Paris frais
Optionnel : Oignons grelots glacés

Étape 1 : Le blanchiment et le bouillon (Le secret de la clarté)

 

  1. Blanchir la viande : Placez les morceaux de veau dans une grande cocotte et couvrez-les d’eau froide. Portez à ébullition sans couvrir. Dès les premiers frémissements, écumez la mousse grise qui se forme (ce sont les impuretés).

  2. Rincer (Astuce de chef) : Une fois la mousse enlevée, égouttez la viande et rincez-la sous l’eau chaude. Ceci est crucial pour obtenir un bouillon et une sauce finale d’une clarté parfaite.

  3. Le bouillon aromatique : Remettez la viande dans la cocotte, couvrez d’eau froide et ajoutez : l’oignon piqué des clous de girofle, les carottes et poireaux coupés en gros tronçons, le bouquet garni. Salez au gros sel.

  4. Mijotage : Portez à ébullition, puis baissez le feu au minimum. Laissez frémir très doucement (couvert) pendant 1h30 à 2h. La viande doit être parfaitement fondante.

 

Étape 2 : La cuisson des garnitures

 

  1. Champignons : Nettoyez les champignons et coupez-les en quartiers. Faites-les cuire à part dans une poêle avec un peu de beurre, sel et un filet de jus de citron jusqu’à évaporation complète de leur eau. Réservez.

 

Étape 3 : La sauce (Le secret de l’onctuosité)

 

  1. Filtrage du bouillon : Lorsque la viande est tendre, retirez-la ainsi que les légumes et le bouquet garni. Filtrez le bouillon de cuisson à l’aide d’une passoire fine (vous devez en récupérer litre). Réservez la viande au chaud.

  2. Le Roux blanc : Dans une casserole, faites fondre les de beurre. Ajoutez les de farine d’un coup. Mélangez vivement au fouet pour obtenir une pâte lisse (le roux). Cuisez 1 minute sans laisser colorer.

  3. Liaison : Hors du feu, versez progressivement une louche de bouillon chaud sur le roux en fouettant énergiquement pour éviter les grumeaux. Ajoutez le reste du bouillon petit à petit. Remettez sur feu doux et laissez épaissir.

  4. La crème et le naune d’oeuf (Liaison finale) : Dans un bol, mélangez les deux jaunes d’œufs avec la crème fraîche épaisse et le jus de citron.

  5. Tempérage : Pour éviter que les jaunes d’œufs ne cuisent et ne « tranchent », versez une louche de sauce chaude sur le mélange crème/jaune tout en fouettant. Versez ensuite ce mélange dans la casserole de sauce.

  6. Finition : Chauffez quelques minutes à feu très doux sans jamais faire bouillir (risque de coagulation). La sauce va devenir incroyablement lisse et onctueuse.

 

Étape 4 : L’assemblage

 

  1. Remettez la viande et les champignons (et les carottes coupées en morceaux plus petits, si vous le souhaitez) dans la sauce. Rectifiez l’assaisonnement (sel, poivre, une pointe de noix de muscade est conseillée).

  2. Laissez frémir 5 minutes pour réchauffer l’ensemble. Servez avec un bon riz pilaf.

 

III. Les secrets incontournables de l’onctuosité et de la saveur

 

L’onctuosité et la saveur du veau sont les deux piliers d’une blanquette réussie. Voici les détails qui font la différence :

 

1. Le choix des morceaux de veau (Moelleux garanti)

 

Le veau idéal pour la blanquette n’est pas le filet (trop sec) mais des morceaux riches en collagène, qui se transforment en gélatine pendant la cuisson lente, garantissant le moelleux :

  • Le Tendron : Morceau de choix pour sa saveur et son gras.

  • L’Épaule : Tendre et parfait pour le mijotage.

  • Le Collier : Idéal pour parfumer le bouillon.

Le secret de la tendreté : La cuisson doit se faire à petit frémissement pendant une longue durée (1h30 minimum). Une ébullition forte rendrait la viande dure et caoutchouteuse.

 

2. L’alchimie de la sauce (Onctuosité parfaite)

 

L’onctuosité de la blanquette de veau repose sur deux techniques de liaison successives :

Technique de Liaison Rôle Clé Le Secret Pro
Le Roux Blanc Épaissit la sauce grâce au mélange beurre/farine. Cuire le roux pendant 1 à 2 minutes après avoir ajouté la farine, mais sans coloration, pour éliminer le goût de farine crue.
La Liaison aux Jaunes d’Œufs et Crème (La Liason Émulsionnée) Apporte une richesse veloutée, une onctuosité incomparable et une couleur blanche éclatante. Tempérer le mélange œufs/crème avec une louche de bouillon chaud avant de l’ajouter au reste de la sauce, et ne jamais faire bouillir ensuite.

L’astuce de Chef Etchebest : Certains chefs, comme Philippe Etchebest, montent la crème fraîche en la fouettant vivement (façon chantilly) avant de l’incorporer délicatement à la sauce chaude. Cela apporte une légèreté et une onctuosité aériennes, mais la blanquette doit alors être consommée le jour même.

 

3. Les notes aromatiques (Le goût mémorable)

 

  • Le Citron : Indispensable. Le jus de citron n’est pas là que pour le goût ; son acidité coupe le gras de la crème, équilibre la richesse de la sauce et assure la stabilité de l’émulsion finale.

  • La Muscade : Une petite pincée de noix de muscade fraîchement râpée dans la sauce, juste avant le service, rehausse les arômes et apporte une note chaude et réconfortante.

 

La Blanquette, un héritage à préserver

 

La Blanquette de veau est un monument de la cuisine française qui demande patience et précision. C’est un plat qui incarne le slow-food par excellence.

En maîtrisant le blanchiment de la viande, le faible frémissement et la double liaison (roux, puis jaunes/crème), vous garantissez non seulement la tendreté du veau, mais aussi cette onctuosité légendaire qui a conquis la bourgeoisie d’autrefois et qui continue de ravir les gourmets du siècle.

Servez-la simplement, avec un riz blanc ou des pommes de terre vapeur, pour laisser la star du plat, sa sauce veloutée, s’exprimer pleinement.

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