Véritable emblème de la cuisine méditerranéenne, la rouille de seiche est bien plus qu’un simple ragoût de la mer.
C’est un voyage sensoriel qui nous transporte directement sur les quais de Sète ou du Grau-du-Roi. Entre tradition populaire et haute technicité culinaire, découvrons les secrets de ce plat de caractère.
L’histoire : Un trésor né de la nécessité
À l’origine, la rouille était le plat des pêcheurs sétois, les « pescadous ». Lors de la vente à la criée, les poissons nobles (loups, daurades) partaient pour les étals, tandis que les pêcheurs gardaient pour eux les produits moins « prestigieux », comme la seiche.
C’est dans les cuisines des bateaux, puis dans les foyers modestes, que ce plat a pris ses lettres de noblesse.
Le nom « rouille » provient de la couleur ambrée et orangée que prend la sauce lors de l’émulsion de l’aïoli avec le concentré de tomate et le safran.
La seiche : Maîtriser la texture
Le défi majeur de la rouille de seiche réside dans la texture du mollusque. Mal préparée, elle devient caoutchouteuse ; bien traitée, elle est d’une tendreté absolue.
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Le choix du produit : Privilégiez des blancs de seiche épais qui supporteront une cuisson longue.
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L’astuce de tendreté : Un passage de 24 heures au congélateur permet de briser les fibres de collagène. À défaut, un blanchiment rapide de 2 minutes dans une eau bouillante citronnée avant le ragoût aide à stabiliser la chair.
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La découpe : Taillez des cubes réguliers de 3 cm environ pour assurer une cuisson uniforme.
La technique du ragoût
Pour une rouille authentique, le fond de cuisson doit être puissant. Il s’agit de créer une base aromatique qui viendra nourrir la chair de la seiche.
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Le sucs de cuisson : Faites revenir les morceaux de seiche à feu vif jusqu’à ce qu’ils rendent leur eau.
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La garniture aromatique : Ajoutez des oignons émincés, de l’ail haché, et surtout un concentré de tomate de qualité qui apportera la structure.
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Le mouillage : Un vin blanc sec (type Picpoul de Pinet) est indispensable pour déglacer, complété par un fumet de poisson ou de l’eau à hauteur.
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Le temps : Une cuisson lente, à couvert, pendant au moins 45 à 60 minutes. La seiche doit pouvoir se couper à la fourchette sans résistance.
L’aïoli : Le cœur du réacteur
C’est ici que réside la signature de votre rouille. Contrairement à une simple mayonnaise, la rouille de seiche « à la sétoise » se lie avec un aïoli puissant.
Le secret de l’expert : Traditionnellement, on utilise une pomme de terre cuite dans le bouillon, que l’on écrase finement et que l’on intègre à l’aïoli pour lui donner une texture plus dense et onctueuse.
L’émulsion doit être ferme. Au moment du service, on retire une louche de bouillon chaud pour la mélanger progressivement à l’aïoli, avant de reverser le tout dans la marmite hors du feu (le « tempérage »). Cela évite que la sauce ne « tranche ».
Accords mets & vins : L’équilibre Méditerranéen
Pour accompagner la puissance de l’ail et le fondant de la seiche, il faut des vins capables de répondre à cette intensité.
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Le choix régional : Un Picpoul de Pinet. Son acidité vive et ses notes d’agrumes viennent casser le gras de l’aïoli et rafraîchir le palais.
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L’alternative de caractère : Un Côtes-du-Rhône blanc (cépages Viognier ou Roussanne) dont l’onctuosité et les notes florales souligneront la douceur de la seiche.
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Le rosé de Gastronomie : Un Tavel, pour sa structure et sa robe intense, capable de tenir tête au piment et à l’ail.
Conclusion : Un patrimoine à transmettre
La rouille de seiche est le témoin d’une cuisine de terroir qui refuse les compromis. En prenant le temps de respecter chaque étape — de la sélection de la seiche au montage de l’aïoli — vous faites perdurer un savoir-faire artisanal inestimable.



