S’il est un fromage qui incarne l’esprit de l’Auvergne rurale, c’est bien le Gaperon.
Reconnaissable à sa forme de dôme et à ses arômes puissants, il raconte une histoire de bon sens paysan, où rien ne se perd et où chaque saveur a une fonction.
1. Origine et histoire : Le fromage de la « gape »
Le Gaperon tire son nom de la « gape », le terme auvergnat désignant le babeurre (le liquide restant après le barattage de la crème pour faire du beurre).
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Un fromage d’économie : À l’origine, c’était un fromage de consommation familiale. On récupérait le babeurre, on le mélangeait à du lait frais pour obtenir un caillé, puis on y ajoutait deux ingrédients conservateurs : l’ail de Limagne et le poivre noir.
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Le symbole de la dot : Autrefois, on jugeait la richesse d’une ferme au nombre de Gaperons qui séchaient au plafond, près de la cheminée. Plus il y en avait, plus la dot de la mariée était considérée comme importante.
2. Identité régionale : La plaine de la Limagne
Bien qu’auvergnat, le Gaperon n’est pas un fromage de montagne comme le Cantal ou le Saint-Nectaire. Son berceau est la Limagne, une plaine fertile située entre Clermont-Ferrand et Vichy.
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L’Ail de Billom : Le secret de son caractère réside dans l’utilisation de l’ail rose de Billom. Cet ail, riche en huiles essentielles, donne au fromage ce piquant caractéristique qui ne sature pas le palais mais l’éveille.
3. Technique de fabrication et affinage
Le Gaperon est un fromage à pâte molle et à croûte fleurie, fabriqué à partir de lait de vache.
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L’incorporation : L’ail et le poivre noir concassé sont malaxés directement dans la pâte avant le moulage.
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La forme : Traditionnellement, il était moulé dans un linge (un torchon) noué, ce qui lui donne sa forme de boule aplatie ou de dôme.
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L’affinage : Il dure généralement 3 à 4 semaines. Le fromage développe alors une fine croûte duveteuse blanche. Sa pâte, d’abord crayeuse, devient fondante et onctueuse avec le temps.
4. Profil gastronomique et dégustation
Le Gaperon est un fromage de caractère, souvent qualifié de « mâle » en raison de sa puissance aromatique.
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Au nez : Des notes marquées d’ail frais et de sous-bois.
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En bouche : Un contraste entre la douceur lactique du lait et le piquant thermique du poivre et de l’ail.
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Accords mets et vins :
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Vins : Privilégiez un vin blanc vif comme un Saint-Pourçain ou un Côtes-d’Auvergne blanc pour trancher avec le gras du fromage. En rouge, un Gamay léger fera merveille.
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Pain : Un pain de campagne à croûte épaisse ou un pain aux noix.
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Le Gaperon en cuisine
Il ne se contente pas du plateau de fin de repas. Sa capacité à fondre en fait un ingrédient de choix :
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La sauce Gaperon : Fondu dans un peu de crème pour accompagner une viande blanche ou des pommes de terre sautées.
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En copeaux : Sur une salade de lentilles vertes du Puy pour un accord 100% auvergnat.
5. Le Gaperon aujourd’hui : Défis et renouveau
Aujourd’hui, le Gaperon n’est pas protégé par une AOP, ce qui explique la présence sur le marché de versions industrielles parfois décevantes (pâte trop sèche ou ail déshydraté).
Cependant, une poignée de producteurs fermiers maintient la tradition du Gaperon au lait cru. Ces derniers retrouvent la noblesse du produit original, loin de l’image de « fromage à ail » bas de gamme.
Le Gaperon est plus qu’un fromage : c’est un condensé de l’histoire rurale française. Il nous rappelle qu’avec des restes (le babeurre) et des aromates de jardin, on peut créer un monument de la gastronomie.
Le conseil d’Aventure Culinaire :
Si vous achetez un Gaperon, vérifiez qu’il soit « affiné à cœur ».
La pâte doit être souple sous la pression du doigt.
S’il est trop dur, laissez-le quelques jours à température ambiante sous une cloche : il gagnera en onctuosité et ses arômes de poivre s’arrondiront.



