Du jardin du Roi à nos assiettes
Le petit pois, cette petite perle verte au goût délicat et légèrement sucré, est aujourd’hui un incontournable de nos potagers et de notre gastronomie.
Mais saviez-vous que derrière sa simplicité se cache une histoire des plus royales, où un roi de France, Louis XIV, a joué un rôle de premier plan dans sa popularisation ?
Loin d’être un simple légume de printemps, le petit pois a traversé les siècles, de l’Antiquité à nos jours, pour devenir une star des tables françaises, des plus humbles aux plus prestigieuses.
Plongeons dans l’aventure fascinante de ce légume qui a conquis le cœur du « Roi-Soleil ».
1. Des origines lointaines à son arrivée en France
Avant de séduire la cour de Versailles, le petit pois (Pisum sativum) a voyagé. Ses origines remontent à plus de 10 000 ans, en Asie Mineure et au Proche-Orient, où il était consommé sec, comme légumineuse.
a. Une longue histoire avant la royauté
Les Grecs et les Romains l’appréciaient déjà, mais toujours sous sa forme sèche, réhydratée, pour ses qualités nutritives et sa capacité à se conserver. Il est arrivé en Europe par les routes commerciales, et sa culture s’est lentement répandue.
b. L’Italie, porte d’entrée du « petit pois frais »
C’est en Italie, à la fin du XVIe siècle, que le petit pois commence sa transformation. On y développe de nouvelles variétés, moins farineuses et plus douces, adaptées à la consommation fraîche. Il est alors appelé « pisello » et commence à être perçu comme un légume délicat, loin de la rusticité du pois sec.
2. Louis XIV et la folie du petit pois à Versailles
Le véritable coup de projecteur sur le petit pois, c’est l’arrivée à la cour de France, grâce à une femme et un roi.
a. La princesse de Conti, ambassadrice royale
On attribue l’introduction du petit pois frais à la cour de France à la princesse de Conti, fille naturelle de Louis XIV. En 1660, elle l’aurait rapporté d’un voyage en Italie, le présentant à son père. Le roi fut instantanément conquis.
b. Louis XIV, un dévoreur de petits pois
Louis XIV, connu pour son appétit gargantuesque et son goût pour les innovations, est tombé follement amoureux de ce légume. Il le fit cultiver en abondance dans son célèbre Potager du Roi à Versailles, aménagé par Jean-Baptiste de La Quintinie.
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Une rareté prisée : Au début, le petit pois était si rare et prisé qu’il était un luxe accessible aux seuls nobles de la cour.
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La « folie » du petit pois : La cour de Versailles s’est littéralement prise de « folie » pour le petit pois. La Marquise de Sévigné en témoigne dans ses lettres, décrivant la passion du roi et des courtisans, prêts à se « donner des indigestions » pour en consommer. On le mangeait à toutes les sauces, malgré le risque de surconsommation.
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Le jardinier La Quintinie : Le dévouement de La Quintinie permit de prolonger la saison de récolte grâce à des techniques horticoles avancées (serres, châssis).
3. Du Roi aux régions : le petit pois dans la gastronomie française
L’engouement royal a eu un effet domino : le petit pois a rapidement quitté les jardins de Versailles pour gagner les potagers et les tables de toute la France.
a. Un légume de saison prisé
Traditionnellement, le petit pois est un légume de printemps et de début d’été. Sa courte saison de fraîcheur en faisait un produit d’autant plus apprécié. Il était souvent associé aux premiers légumes nouveaux, annonçant la fin de l’hiver.
b. Spécialités régionales et accords classiques
Le petit pois s’est intégré harmonieusement dans la cuisine régionale française :
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Île-de-France / Paris : Le fameux « petits pois à la française« , braisés avec de la laitue, des oignons nouveaux et du beurre, est un classique indémodable, héritage direct de la cuisine de cour.
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Normandie : Souvent associé à la crème et au beurre, il accompagne volailles et poissons locaux.
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Loire-Atlantique / Bretagne : Dans l’Ouest, on le retrouve parfois dans les ragoûts de volaille ou les poêlées de légumes de saison.
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Sud-Ouest : Le petit pois est souvent présent dans les garnitures des viandes, apportant fraîcheur et couleur aux plats plus riches.
Il accompagne parfaitement l’agneau, la volaille, le poisson, et se marie bien avec la menthe fraîche, le beurre et la crème.
Sa polyvalence en a fait un allié précieux de la haute cuisine comme de la cuisine familiale.
4. Le petit pois aujourd’hui : Entre tradition et modernité
De nos jours, le petit pois conserve sa place de choix.
a. Frais, surgelé ou en conserve
Si la saison du petit pois frais est toujours un événement pour les gourmets, sa disponibilité en surgelé ou en conserve (souvent d’excellente qualité) permet de l’apprécier toute l’année, démocratisant ainsi ce qui fut jadis un luxe royal. La France est d’ailleurs un producteur important de petits pois, notamment dans les régions du Nord et de l’Ouest.
b. Un allié nutritionnel
Au-delà de son goût, le petit pois est un concentré de bienfaits : riche en fibres, en protéines végétales, en vitamines (C, K, B1) et en minéraux (fer, magnésium). C’est un légume sain qui s’intègre parfaitement aux régimes équilibrés actuels.
Un héritage savoureux
Le petit pois, avec son humble apparence, porte en lui une part de l’histoire de France. De la table de Louis XIV aux assiettes des plus grands chefs d’aujourd’hui, il a su traverser les époques en conservant son charme et sa saveur.
Ce « légume roi » continue d’enchanter nos papilles, nous rappelant qu’il n’est pas nécessaire d’être extravagant pour marquer l’histoire de la gastronomie.



