Aujourd’hui synonyme de pur plaisir, le chocolat a fait son entrée en France sous une forme bien plus austère.

Avant de rejoindre les vitrines des maîtres chocolatiers, le cacao a longtemps trôné sur les étagères des apothicaires.

En France, plus qu’ailleurs, le chocolat a d’abord été une affaire de médecine avant de devenir une gourmandise.

Une arrivée en France… sous ordonnance

Contrairement à une idée reçue, le chocolat n’a pas fait son entrée par les cuisines royales, mais par l’officine des savants.

Au XVIIe siècle, la fève de cacao était considérée comme une drogue exotique dont seuls les apothicaires — ancêtres de nos pharmaciens — maîtrisaient la préparation.

En 1659, Louis XIV accorde à David Chaillou le privilège exclusif de fabriquer et de vendre « un certain chocolat » en France.

À cette époque, on ne l’achète pas pour le plaisir : on se rend chez l’apothicaire pour traiter les poitrines fragiles, les digestions difficiles ou l’épuisement nerveux.

Le chocolat est alors vendu sous forme de pastilles ou de poudres à visée purement thérapeutique.

L’empire Menier : Quand la drogue devient tablette

L’exemple le plus frappant de cette origine pharmaceutique est sans doute la Maison Menier. Avant d’être la marque iconique que nous connaissons, l’entreprise fut fondée en 1816 en tant que droguerie-pharmacie.

Son usage initial du cacao était purement fonctionnel : le chocolat servait d’enrobage pour masquer le goût amer et désagréable des médicaments.

Ce n’est qu’en constatant l’engouement des patients pour cet « enrobage » que la famille Menier a progressivement transformé son activité pour devenir le géant du chocolat.

Le remède contre la « mélancolie » à la Cour de Versailles

Sous Louis XIV et Louis XV, la consommation se déplace vers la Cour, mais le discours reste médical.

Madame de Sévigné, véritable influenceuse de son époque, témoigne de cette vision du chocolat comme un régulateur des forces physiques et morales. En 1671, elle écrit à sa fille :

« Le chocolat vous remettra… il est propre à vous faire digérer vos mauvaises humeurs. »

On le prescrit alors aux convalescents pour « réparer les forces » et aux esprits tristes pour soigner la « mélancolie », ce que nous appellerions aujourd’hui une fatigue chronique ou un burn-out.

La science moderne : Pourquoi les apothicaires avaient raison

Aujourd’hui, la biochimie valide les intuitions des anciens. Le chocolat noir (minimum 70% de cacao) possède des propriétés réelles contre la fatigue grâce à trois actifs clés :

  1. La théobromine : Un stimulant plus doux et durable que la caféine. Il offre une vigilance accrue sans le pic d’excitation nerveuse.

  2. Le magnésium : Le cacao est l’une des sources naturelles les plus riches en magnésium, minéral essentiel contre le stress et la fatigue musculaire.

  3. Les flavonoïdes : Ces antioxydants boostent les capacités cognitives en améliorant la micro-circulation sanguine vers le cerveau.

Le geste technique : Le chocolat « apothicaire » à l’ancienne

Pour retrouver les vertus toniques d’antan, voici la méthode de préparation respectant l’esprit du XVIIe siècle :

  • Le choix : Utilisez une pâte de cacao pure ou un chocolat à 85% de cacao minimum.

  • L’Infusion : Faites chauffer de l’eau de source (plus légère que le lait pour la digestion) sans bouillir.

  • L’émulsion : Râpez le chocolat directement dans le liquide chaud. Utilisez un petit fouet pour créer une mousse dense. Cette aération rend les graisses du cacao (beurre de cacao) plus légères et digestes.

  • La synergie : Ajoutez une pincée de cannelle (pour la circulation) ou de gingembre pour l’effet « coup de fouet ».

S’accorder un carré de chocolat noir n’est pas une simple concession à la gourmandise.

C’est un héritage de la pharmacopée française.

En choisissant des crus de plantation, vous redonnez au cacao sa fonction originelle : celle d’un précieux allié pour restaurer l’énergie du corps et de l’esprit.

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