Le canard à la rouennaise, aussi appelé canard au sang ou caneton à la presse, est l’un des plats les plus prestigieux de la gastronomie française.
Né au XIXᵉ siècle dans la vallée de la Seine, il est devenu le fleuron culinaire de Rouen et un symbole de savoir-faire ancestral.
Sa particularité réside dans une technique spectaculaire : la sauce est liée avec le sang et la moelle du canard, extraits grâce à une presse spéciale.
Ce procédé audacieux, hérité d’une époque où l’on cherchait à magnifier chaque saveur, fait du canard à la rouennaise un mets unique, reconnu par les gourmets du monde entier.
1. Les origines historiques
Le canard de Duclair est au cœur de cette recette. Dans ce village proche de Rouen, on élevait une variété de canard réputée pour sa chair fine et savoureuse. Au XIXᵉ siècle, l’aubergiste Père Denise mit au point une préparation où le sang du canard servait à lier la sauce, donnant une intensité aromatique inédite.
Plus tard, Frédéric Delair, originaire de Duclair, codifia la recette lorsqu’il devint propriétaire du célèbre restaurant La Tour d’Argent à Paris. Il fixa les règles de préparation et de service, donnant au plat une dimension cérémonielle.
Rapidement, le canard au sang devint un mets recherché par les élites parisiennes, symbole de raffinement et de prestige.
2. La technique culinaire et la recette
Le canard à la rouennaise est autant une recette qu’un rituel. Voici les grandes étapes de sa préparation :
Ingrédients principaux
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1 canard de Duclair (ou un canard jeune et charnu)
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Vin rouge corsé
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Échalotes
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Fond de veau
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Beurre
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Sel, poivre
Étapes de préparation
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Rôtir le canard : le canard est rôti entier, afin de conserver sa chair tendre et juteuse.
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Découper devant les convives : la découpe est un moment de spectacle, réalisée en salle par le maître canardier.
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Presser la carcasse : la carcasse est placée dans une presse à canard, instrument métallique qui permet d’extraire le sang et la moelle.
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Préparer la sauce : le sang et la moelle sont mélangés au vin rouge, aux échalotes et au fond de veau. Le tout est lié au beurre pour obtenir une sauce dense et brillante.
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Napper la chair : les morceaux de canard découpés sont nappés de cette sauce corsée, qui apporte une intensité aromatique unique.
Cette technique exige une grande maîtrise : le sang doit être incorporé avec précision pour éviter la coagulation et obtenir une texture veloutée.
3. L’Ordre des Canardiers
Fondé en 1986, l’Ordre des Canardiers perpétue la tradition du canard à la rouennaise. Il regroupe des chefs, restaurateurs et passionnés qui s’engagent à respecter la recette authentique. Les maîtres canardiers sont habilités à servir le plat dans leur établissement, avec une cérémonie codifiée. L’Ordre organise des événements et des démonstrations pour transmettre ce savoir-faire et valoriser le patrimoine culinaire normand.
4. Actualité et reconnaissance
En 2021, Rouen a intégré le réseau des villes créatives de gastronomie de l’UNESCO, notamment grâce au canard à la rouennaise.
Le plat est encore servi dans certains établissements de Rouen, Duclair et Paris, perpétuant une tradition rare et prestigieuse.
Il est régulièrement mis en avant lors de festivals culinaires, de circuits touristiques et de démonstrations publiques. Considéré comme un élément fort de l’identité gastronomique normande, il se place aux côtés d’autres produits emblématiques comme le cidre, le camembert ou les fruits de mer.
5. Un plat entre patrimoine et prestige
Le canard à la rouennaise incarne l’alliance entre produit local (le canard de Duclair), savoir-faire ancestral et spectacle gastronomique.
La préparation devant les convives, avec la presse à canard, en fait une expérience culturelle autant qu’un repas. Aujourd’hui, il est redécouvert par les amateurs de traditions culinaires et par les chefs qui cherchent à réhabiliter les recettes anciennes dans une démarche patrimoniale et créative.
Le canard à la rouennaise, cuit au sang, est bien plus qu’une recette : c’est un patrimoine vivant de Rouen et de la Normandie.
Héritage du XIXᵉ siècle, il continue de fasciner les gourmets et de contribuer à la renommée internationale de la ville.
Entre histoire, tradition et modernité, il demeure l’un des plats les plus prestigieux de la gastronomie française, symbole de l’audace et du raffinement normand.



