S’il est un produit qui incarne la transition entre l’océan Atlantique et la table des Basques, c’est bien le chipiron.
Petit par la taille mais immense par sa place dans le patrimoine gastronomique régional, ce petit calamar est bien plus qu’un simple fruit de mer : c’est une institution que l’on célèbre de Saint-Jean-de-Luz à Hendaye.
Un peu d’histoire : La pêche à la turlutte
Le mot « chipiron » est le terme local utilisé au Pays Basque (et parfois dans les Landes) pour désigner le petit calamar (Loligo vulgaris).
Historiquement, sa pêche était une activité de subsistance pour les familles de marins. On le pêchait — et on le pêche toujours — à la turlutte, un leurre plombé muni d’une couronne d’épingles.
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Le rituel : La pêche se pratique souvent à l’aube ou au crépuscule, quand le chipiron remonte vers la surface.
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La saisonnalité : Bien qu’on en trouve toute l’année, le « chipiron de ligne », le plus prisé, se déguste principalement de juillet à octobre.
Un ancrage régional fort : Entre Saint-Jean-de-Luz et Fontarrabie
Le chipiron est le roi des ports du Sud-Ouest. À Saint-Jean-de-Luz, il est indissociable des fêtes de l’été.
Traverser la frontière vers le Pays Basque espagnol (Hegoalde) ne change rien à l’adoration qu’on lui porte : là-bas, on l’appelle txipiron.
C’est un produit qui unit les deux côtés de la Bidassoa.
Il se déguste aussi bien dans l’élégance d’une table étoilée que dans l’ambiance survoltée d’un bar à tapas (pintxos) à San Sebastián, où il est souvent servi simplement « a la plancha ».
Gastronomie : Les deux écoles de préparation
En cuisine, le chipiron demande de la précision. Sa chair est délicate : trop cuite, elle devient caoutchouteuse ; pas assez, elle manque de cette texture fondante si caractéristique.
1. Les Chipirons à la Basque (à l’encre)
C’est la recette la plus emblématique et la plus visuelle.
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La technique : On utilise l’encre contenue dans la poche du céphalopode pour réaliser une sauce noire, profonde et brillante.
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Le goût : Les chipirons sont souvent farcis avec leurs propres tentacules hachés, du jambon de Bayonne et des oignons, puis mijotés longuement. Le résultat est une explosion de saveurs iodées et terreuses.
2. Les Chipirons à la plancha (ou « à la luzienne »)
C’est la version qui sublime le produit brut.
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La technique : Saisis à feu très vif sur une plaque brûlante avec un filet d’huile d’olive, de l’ail et du persil.
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Le secret : On ajoute souvent une pointe de Piment d’Espelette en fin de cuisson pour relever le tout sans masquer la finesse de la chair.
Accords mets et vins
Pour accompagner ce produit de caractère, il faut de la fraîcheur et de la vivacité :
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L’accord parfait : Un Irouléguy blanc. Ce vin du Pays Basque, issu des cépages Petit et Gros Manseng, possède une acidité et une minéralité qui tranchent avec le gras du chipiron à la plancha.
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L’alternative marine : Un Txakoli, ce vin blanc perlant du Pays Basque espagnol, très léger et citronné, idéal pour un apéritif autour de quelques chipirons frits.
Le conseil d’Aventure Culinaire
Si vous achetez vos chipirons sur le marché, privilégiez le chipiron de ligne. Contrairement au chipiron de chalut, il n’est pas abîmé par le filet et n’a pas été gorgé d’eau. Sa chair est beaucoup plus ferme et goûteuse.
Petit secret de préparation : Pour des chipirons à la plancha parfaits, séchez-les très soigneusement avec du papier absorbant avant de les jeter sur la plaque.
S’ils sont humides, ils bouilliront au lieu de griller, et vous perdrez ce délicieux petit goût caramélisé.



