Dans l’univers feutré des cépages rares, la Folle Noire (ou Fuella Nera en dialecte nissart) occupe une place à part.
C’est le joyau noir de l’AOC Bellet, l’une des plus petites et anciennes appellations de France, perchée sur les hauteurs de Nice.
Voici le portrait d’un cépage qui refuse la standardisation, entre élégance sauvage et identité méditerranéenne.
I. Origines et histoire : Un destin lié à Nice
La Folle Noire n’est pas une immigrée. C’est une enfant du pays, une variété endémique de la Provence orientale.
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Étymologie : Son nom de « Folle » lui vient de son comportement imprévisible à la vigne. Sa maturité est tardive, capricieuse, et ses rendements peuvent varier du simple au triple selon les caprices du ciel azuréen.
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Résilience : Alors que le phylloxéra, puis l’urbanisation galopante de la Côte d’Azur ont failli rayer Bellet de la carte, la Folle Noire a survécu grâce à une poignée de vignerons passionnés. Elle est aujourd’hui le pilier des vins rouges de l’appellation, souvent associée au Braquet.
II. Le terroir : Entre Alpes et Méditerranée
Ce qui forge le caractère identitaire de la Folle Noire, c’est le sol unique de Bellet : le Poudingue.
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La géologie : Un mélange de galets roulés et de sable clair (molasse) cimenté par le temps. Ce sol pauvre et drainant force la Folle Noire à plonger ses racines profondément pour puiser sa minéralité.
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Le climat : Le vignoble bénéficie d’un microclimat exceptionnel. Le jour, le soleil de la Riviera gorge les baies de sucre. La nuit, le vent « Tramontane » descendu des sommets alpins vient rafraîchir les grappes, préservant une acidité et une finesse aromatique rares pour un vin du sud.
III. Profil organoleptique : La puissance épurée
Déguster une Folle Noire, c’est entrer dans un univers de contrastes.
Au nez
L’aromatique est immédiate et complexe. On y trouve :
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Les fruits noirs : Mûre sauvage, cassis intense.
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Les épices : Poivre noir concassé, réglisse.
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La « garrigue » : Des notes de sous-bois, de cuir et parfois une touche de sucre de canne brûlé après quelques années de garde.
En bouche
C’est un vin de structure. Les tanins sont présents, affirmés, mais d’une grande finesse (« le velours poivré »).
La finale est longue, marquée par une fraîcheur saline qui appelle irrémédiablement le plat.
IV. Gastronomie : Les accords signatures
La Folle Noire ne se laisse pas dompter par n’importe quel mets. Elle exige du répondant.
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L’accord de Terroir : La Daube Niçoise. La puissance du vin répond au fondant de la joue de bœuf braisée longuement avec des cèpes et des olives cailletiers.
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Le gibier : Un perdreau ou un pigeon rôti. Le côté « sauvage » du cépage s’harmonise avec le ferreux de la viande rouge.
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Le fromage : Un vieux Gouda ou un Cantal entre-deux. Les cristaux de sel du fromage soulignent les notes d’épices du vin.
V. Actualité et domaines de référence
Aujourd’hui, la Folle Noire vit une renaissance. Les amateurs de vins « identitaires » s’arrachent les micro-cuvées de Bellet.
Où la débusquer ?
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Château de Bellet : Pour des cuvées de prestige, souvent issues d’élevages longs en barriques.
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Clos Saint-Vincent : En biodynamie, pour une expression pure, vibrante et tellurique du cépage.
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Domaine de la Source : Pour une approche familiale et authentique, où la Folle Noire s’exprime avec une gourmandise incroyable.
Un patrimoine liquide
La Folle Noire de Bellet est bien plus qu’un vin : c’est un morceau d’histoire niçoise mis en bouteille.
Rare, car les surfaces sont limitées par la pression foncière, elle reste le témoignage d’une viticulture de résistance, élégante et résolument moderne par sa fraîcheur.



