S’il est un nom qui fait vibrer le cœur de la cuisine parisienne, c’est celui de Bercy.

Mais attention : derrière cette appellation se cachent deux réalités que tout gourmet doit savoir distinguer.

D’un côté, la rigueur d’Auguste Escoffier qui dédie cette sauce au poisson ; de l’autre, la tradition des entrepôts de Bercy qui l’offre généreusement à la viande.

Plongez dans l’histoire d’un quartier mythique et découvrez pourquoi, aujourd’hui, la sauce Bercy reste le symbole d’un savoir-faire français d’une précision absolue.

I. Un quartier, deux destins culinaire

1. Le « ventre de Paris » pour le vin

Au XIXe siècle, Bercy est le plus grand marché aux vins du monde. Les négociants, tonneliers et forts des Halles se retrouvent dans les bistrots environnants.

C’est ici que naît une cuisine simple, franche, où le vin blanc est l’ingrédient roi.

2. Le dogme d’Escoffier : La sauce Bercy (poisson)

Pour Auguste Escoffier, le législateur de la cuisine française, il n’y a qu’une seule « Sauce Bercy », et elle est exclusivement réservée au poisson.

Dans son célèbre Guide Culinaire, il la codifie comme une dérivation du velouté de poisson. C’est une sauce de nappe, brillante et onctueuse, indissociable de la célèbre « Sole Bercy ».

3. La tradition populaire : Le beurre Bercy (Viande)

Parallèlement, le Paris populaire ne l’entend pas de cette oreille. Dans les brasseries, on sert l’entrecôte avec ce que l’on appelle le « Beurre à la Bercy ». Ce n’est plus un velouté, mais une sauce courte, puissante, enrichie de moelle de bœuf.

Aujourd’hui, par abus de langage, on parle souvent de « sauce » pour les deux, mais la distinction technique demeure fondamentale.

II. Analyse technique : Les deux recettes

1. La version poisson (Escoffier)

  • La base : Une réduction d’échalotes ciselées et de vin blanc sec (Chablis ou Muscadet).

  • La liaison : On y ajoute un fumet de poisson réduit, lié par un velouté ou monté au beurre.

  • La finition : Du persil haché et un filet de citron. Elle doit être légère et fluide.

2. La version viande (Le Beurre Bercy)

  • La base : La même réduction d’échalotes et de vin blanc.

  • L’élément Maître : La moelle de bœuf, pochée et coupée en petits dés.

  • Le montage : On incorpore du beurre pommade et de la glace de viande (jus de veau très réduit) pour donner de la force et une couleur ambrée.

  • La texture : Elle est plus riche, plus grasse, et « colle » délicieusement aux lèvres.

III. Les secrets de l’émotion gustative

Pour réussir votre Bercy en 2026, la précision est votre alliée, tout comme le bon matériel de cuisine :

  • Le Ciseler : L’échalote doit être si fine qu’elle fond littéralement dans la réduction. Utilisez votre plus beau couteau de Thiers.

  • La qualité du Vin : N’utilisez jamais un « vin de cuisine » médiocre. L’acidité d’un bon vin blanc est ce qui vient rompre le gras du beurre et de la moelle.

  • Le pochage de la moelle : Pour la version viande, la moelle doit être dégorgée à l’eau froide puis pochée brièvement pour rester entière dans la sauce.

IV. Accords mets et vins

L’accord dépendra de la version choisie, mais le principe reste le même : l’écho au terroir.

  • Avec la Sole Bercy (Poisson) : Un vin blanc sec et minéral. Un Chablis ou un Sancerre dont la tension répondra au velouté de la sauce.

  • Avec l’Entrecôte Bercy (Viande) : Un vin rouge aux tanins fondus. Un Saint-Émilion ou, pour rester parisien, un vin des coteaux de la Loire comme un Saumur-Champigny.

V. Actualité et renouveau

Aujourd’hui, la Sauce Bercy sort des vieux grimoires. Les chefs contemporains apprécient sa franchise aromatique.

On voit apparaître des versions « fusion » où le vin blanc est remplacé par des sakés acides, ou des versions où la moelle de bœuf est fumée au bois de hêtre pour apporter une dimension supplémentaire au grillé de la viande.

Choisir son camp avec expertise

Maîtriser la Sauce Bercy, c’est accepter cette dualité française : d’un côté l’élégance stricte d’Escoffier pour les produits de la mer, de l’autre la gourmandise canaille des Halles pour les viandes de caractère. Quel que soit votre camp, c’est une leçon d’équilibre entre l’acide et le gras.

En servant une Bercy, vous offrez à vos convives bien plus qu’une sauce : vous leur servez une page d’histoire de Paris.

Le petit plus :

L’astuce « Chef » : Si votre sauce « tranche » (le beurre se sépare), pas de panique !

Ajoutez une cuillère à soupe d’eau très froide ou un glaçon et fouettez énergiquement hors du feu.

Le choc thermique aidera l’émulsion à reprendre sa cohésion.

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