Dans l’imaginaire collectif, le Saumurois évoque immédiatement les fines bulles ou les rouges puissants du Champigny.
Pourtant, niché sur la rive gauche de la Loire, le terroir des Coteaux-de-Saumur offre une expression du Cabernet Franc d’une élégance rare.
Si l’appellation est historiquement célèbre pour ses blancs liquoreux, son « autre visage » en rouge mérite toute l’attention des gastronomes en quête de pépites confidentielles.
1. Un terroir de tuffeau et de lumière
L’appellation Coteaux-de-Saumur s’étend sur une vingtaine de communes autour de Saumur. Ce qui forge l’identité de ce vin rouge, c’est avant tout la géologie.
-
La roche mère : Le sous-sol est composé de tuffeau blanc (Turonien supérieur). Cette pierre calcaire, qui a servi à bâtir les châteaux de la Loire, possède une propriété magique pour la vigne : elle agit comme une éponge, absorbant l’eau l’hiver pour la restituer goutte à goutte durant les étés secs.
-
L’exposition : Contrairement aux plaines, les vignes sont ici souvent situées sur des coteaux abrupts surplombant le fleuve. La Loire joue un rôle de régulateur thermique et de miroir, renvoyant la lumière vers les grappes pour une maturité optimale du Cabernet Franc.
2. L’âme du cépage : Le cabernet franc
Bien que l’appellation autorise le Cabernet Sauvignon en complément, c’est le Cabernet Franc (localement appelé « Breton ») qui règne en maître. Dans les Coteaux-de-Saumur, il s’exprime avec une verticalité singulière.
-
Profil Aromatique : On y retrouve les marqueurs classiques de la Loire — framboise écrasée, violette et poivron rouge mûr — mais avec une minéralité crayeuse plus marquée qu’ailleurs.
-
Structure : Ce sont des vins de demi-corps, dotés de tanins soyeux et d’une acidité « pointue » qui leur confère une grande buvabilité et un potentiel de garde surprenant (souvent 5 à 8 ans).
3. Perspective historique et évolution
Historiquement, la région était le jardin des rois de France. Les vins des coteaux étaient exportés par la Loire vers l’Angleterre et la Hollande dès le XIIe siècle.
Aujourd’hui, les Coteaux-de-Saumur rouges vivent une renaissance sous l’impulsion de jeunes vignerons en agriculture biologique et biodynamique. Ils cherchent à produire des vins « infusés » plutôt qu’extraits, privilégiant la finesse aromatique sur la puissance boisée. C’est un retour aux sources pour une appellation qui a longtemps vécu dans l’ombre du Saumur-Champigny, plus médiatique.
4. Accords gastronomiques : La table de Saumur
Pour Aventure Culinaire, ce vin est une pépite car il est extrêmement polyvalent à table. Sa fraîcheur calcaire en fait le compagnon idéal de produits variés :
-
Les classiques régionaux : Il sublime les rillauds d’Anjou ou un simple plateau de charcuterie artisanale. Le gras du porc est parfaitement tranché par la vivacité du vin.
-
La terre : Accord parfait avec une épaule d’agneau de sept heures ou des rognons de veau à la sauce madère.
-
Le rromage : Évitez les pâtes persillées, préférez un Sainte-Maure-de-Touraine cendré. L’accord entre le calcaire du sol et le crémeux du chèvre est une expérience sensorielle absolue.
5. Pourquoi le découvrir maintenant ?
Le Coteaux-de-Saumur rouge est le vin du « moment » pour plusieurs raisons :
-
Le prix : Il reste très accessible par rapport aux grandes appellations voisines.
-
Le style : À l’heure où les consommateurs délaissent les vins trop lourds et boisés, sa légèreté et sa tension minérale sont pile dans l’air du temps.
-
Le service : Servi légèrement frais (14-15°C), il offre une alternative élégante aux rosés lors des déjeuners estivaux.
Note d’Aventure Culinaire :
Ne vous fiez pas à sa robe parfois claire.
La profondeur d’un Coteaux-de-Saumur ne réside pas dans sa couleur, mais dans sa persistance saline et son bouquet de fruits noirs qui s’ouvre magnifiquement après 30 minutes de carafe.



