Dans le monde du vin, il existe des noms que l’on ne prononce qu’avec une forme de révérence.

La Romanée-Conti est de ceux-là. Plus qu’un vin, c’est un mythe liquide, une parcelle de 1,81 hectare nichée à Vosne-Romanée, en Bourgogne, dont chaque bouteille s’arrache à prix d’or dans les salles de vente du monde entier.

Mais derrière les records d’enchères se cache une histoire millénaire, dont le symbole le plus tangible est une humble croix de pierre : la Croix des Moines.

I. Un Terroir façonné par la prière : L’origine Cistercienne

L’histoire de ce vignoble ne commence pas dans les salons de la noblesse, mais dans le silence des cloîtres. Au XIIe siècle, les moines de l’Abbaye de Saint-Vivant de Vergy reçoivent en don des terres sur le versant de Vosne.

Le travail des bâtisseurs de terroirs

Ces moines cisterciens, véritables géologues avant l’heure, ont compris que ce rectangle de terre possédait des propriétés uniques.

Ils ont délimité la parcelle, l’ont protégée et ont observé pendant des siècles comment le Pinot Noir s’y exprimait.

La « Croix des Moines », qui se dresse encore aujourd’hui au bord du chemin, marque la limite historique de cette enclave sacrée.

Elle rappelle que ce vin fut, pendant près de six siècles, une production monastique destinée à la communion et au prestige de l’Église.

II. La guerre des Princes : La Pompadour contre Conti

Le tournant médiatique du domaine a lieu au XVIIIe siècle, lors d’une lutte de pouvoir épique qui aurait pu changer le nom du domaine à jamais.

1760 : Le duel pour « La Romanée »

En 1760, la vigne (alors appelée simplement « La Romanée ») est mise en vente. Deux prétendants de poids s’affrontent :

  • La Marquise de Pompadour, favorite de Louis XV, qui souhaite le domaine pour asseoir son prestige à la Cour.

  • Louis-François de Bourbon, Prince de Conti, cousin du Roi et grand diplomate.

C’est le Prince de Conti qui l’emporte, au prix d’une somme astronomique pour l’époque (8 000 livres). Furieuse de cet échec, la Pompadour se serait alors tournée vers les vins de Bordeaux, lançant ainsi la mode des châteaux bordelais à Versailles.

Le Prince, quant à lui, accole son nom à la vigne : la Romanée-Conti est née.

III. Le mystère de la Croix des Moines : Entre symbole et protection

La Croix des Moines n’est pas qu’un simple repère cadastral. Dans l’imaginaire des amateurs, elle est le gardien du « Climat » (nom bourguignon pour désigner une parcelle de vigne spécifique).

Une géologie bénie

Pourquoi ce vin est-il si différent de ses voisins immédiats comme le Richebourg ou la Romanée-Saint-Vivant ? La réponse tient à la Croix : elle marque le point de convergence d’une pente parfaite (8 à 12%), d’une altitude idéale (260m) et d’un sol de calcaire prémeaux mêlé à des marnes argileuses d’une finesse extrême. Le drainage y est naturel, et l’exposition au levant permet aux raisins de capter les premiers rayons du soleil, évaporant l’humidité matinale avant qu’elle ne nuise à la baie.

IV. La renaissance moderne : La famille Villaine et Leroy

Après la Révolution Française, le domaine est saisi comme « Bien National ». Il passera entre plusieurs mains avant d’arriver, au XIXe siècle, dans celles de la famille Duvault-Blochet, ancêtres des actuels cogérants : les familles Villaine et Leroy/Roch.

La biodynamie et la sélection Massale

Sous l’impulsion d’Aubert de Villaine, le domaine est devenu un modèle de viticulture durable.

  • L’arrachage interdit : Contrairement aux vignobles industriels, on n’arrache jamais une parcelle entière ici. On remplace chaque pied mort par un rejeton issu de la « sélection massale » (les vignes les plus anciennes du domaine), préservant ainsi le patrimoine génétique unique du Pinot Noir de la Croix des Moines.

  • Le retour du cheval : Depuis les années 2000, le domaine utilise à nouveau des chevaux pour le labour afin de ne pas tasser les sols précieux et de laisser respirer la vie microbienne.

V. Le vin de la Romanée-Conti : Ce que cache la bouteille

Le vin produit sur ces 1,8 hectare est d’une rareté absolue (environ 5 000 à 6 000 bouteilles par an).

  • La dégustation : Les experts décrivent souvent ce vin non par sa puissance, mais par son « invisible autorité ». C’est un vin de soie, de rose fanée, d’épices orientales et de sous-bois, doté d’une longueur en bouche qui semble ne jamais finir.

  • Le système d’allocation : On n’achète pas une bouteille de Romanée-Conti comme on veut. Le domaine vend ses flacons par caisses panachées de 12 bouteilles (contenant une seule Romanée-Conti et onze autres Grands Crus du domaine comme La Tâche ou l’Echezeaux).

L’éternité dans un Verre

Passer devant la Croix des Moines, c’est contempler mille ans d’obstination humaine.

Du labeur des moines médiévaux à l’exigence des vignerons actuels, ce bout de terre est la preuve que la France possède des « lieux-dits » où le temps s’arrête. La Romanée-Conti n’est pas seulement le vin le plus cher du monde ; c’est le gardien d’une civilisation du goût et du détail.

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