Si l’on associe souvent la Grande Guerre à la boue, au fer et au sang, un autre élément a joué un rôle moteur dans le quotidien des Poilus : le vin.

Bien plus qu’une simple boisson, le « pinard » est devenu, entre 1914 et 1918, un enjeu logistique national, un réconfort psychologique et un symbole patriotique.

Plongez dans les verres de ceux qui ont tenu le front.

La naissance d’une consommation de masse

Au début du conflit, le vin n’est pas inclus dans la ration réglementaire du soldat français.

L’armée privilégie l’eau, redoutant les effets de l’alcool sur la discipline.

Pourtant, dès octobre 1914, face à l’enlisement dans les tranchées et à l’humidité glaciale, l’Intendance instaure une ration quotidienne de 25 cl de vin.

Ce volume ne cessera de croître pour soutenir le moral des troupes :

  • 1915 : La ration passe à 50 cl.

  • 1917 : Elle atteint 75 cl, soit l’équivalent d’une bouteille par jour et par homme, complétée par des suppléments de gnôle (eau-de-vie) avant les assauts.

Le « Pinard » : Un assemblage de nécessité

Le terme « pinard », dont l’étymologie reste débattue (peut-être du cépage pinot ou de l’argot piner), désignait un vin de qualité très variable.

Logistiquement, l’armée devait acheminer des millions d’hectolitres.

Le vin provenait principalement du Languedoc et d’Algérie (les vins « médecins », riches en alcool et en couleur).

L’aspect technique : Le vin était transporté dans des wagons-foudres, puis transvasé dans des tonneaux ou des outres en peau avant d’arriver en première ligne.

Pour supporter ce voyage et masquer les goûts de fer ou de cuir, les vins étaient souvent coupés, parfois même additionnés de conservateurs rudimentaires.

On ne cherchait pas le millésime, mais le « degré » (souvent autour de 9° ou 10°).

Un rôle psychologique et tactique

Pour le soldat, le vin remplissait trois fonctions essentielles :

  1. L’illusion calorique : Dans le froid des tranchées, l’alcool procure une sensation de chaleur immédiate, bien que trompeuse.

  2. La potabilité : L’eau des puits et des sources près du front était souvent souillée ou empoisonnée. Le vin, légèrement acide et alcoolisé, était plus sûr sur le plan sanitaire.

  3. Le « courage liquide » : Le vin permettait d’émousser la peur et l’horreur du quotidien. Il était le dernier lien avec la vie civile, le café du village et la convivialité perdue.

L’impact sur la viticulture française

La Grande Guerre a paradoxalement sauvé une partie de la viticulture méridionale qui souffrait de surproduction depuis la crise de 1907.

En devenant le fournisseur officiel des armées, le Midi a vu ses stocks s’écouler massivement.

C’est aussi durant cette période que s’est ancrée l’idée du vin comme « boisson nationale ». Le maréchal Pétain déclarait d’ailleurs : « Le vin a été pour le Poilu le stimulant nécessaire qui lui a permis de supporter les fatigues et les privations. » Un hommage qui occultera longtemps les ravages de l’alcoolisme de guerre chez les survivants.

La gastronomie de l’arrière au front

Malgré les conditions, les soldats tentaient de « cuisiner » leur ration. On chauffait le vin avec du sucre et des épices quand on en trouvait, créant des versions improvisées de vin chaud pour combattre les hivers de Verdun ou de la Somme. Le vin servait aussi à améliorer l’ordinaire des « singes » (les boîtes de conserve de bœuf braisé).

L’avis d’Aventure Culinaire :

Analyser l’histoire du ‘pinard’ des tranchées nous rappelle que la culture de la vigne est, en France, un pilier de la résilience nationale.

Au-delà de la qualité gustative qui était alors secondaire, le vin de 14-18 incarnait le dernier rempart contre l’inhumanité du front.

Aujourd’hui, chaque verre de nos terroirs porte en lui cet héritage : celui d’un produit qui, plus qu’une simple boisson, demeure le symbole indéfectible de la solidarité et du réconfort collectif.

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