Et si les pavés de Mai 68 avaient non seulement secoué les institutions, mais aussi révolutionné nos habitudes alimentaires ?
Loin des barricades, une autre forme de contestation germait, posant les premières pierres d’un mouvement qui allait transformer nos supermarchés et nos tables : le rejet de l’industrie agroalimentaire et l’émergence du bio.
1. Mai 68 : Plus qu’une contestation politique, une crise de civilisation
Mai 68 est souvent réduit à ses aspects politiques et sociaux.
Pourtant, cette période marque aussi un profond questionnement sur le « modèle de société » hérité des Trente Glorieuses.
La société de consommation, la standardisation, l’industrialisation à outrance — y compris dans l’alimentation — commençaient à montrer leurs limites.
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Le rejet du « tout industriel » : Face à une alimentation de plus en plus transformée, aseptisée et déconnectée de son origine, une partie de la jeunesse et des intellectuels exprime un malaise. Le « progrès » technologique n’est plus perçu comme une panacée.
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La montée des contre-cultures : Inspirées par les mouvements hippies et écologistes américains, des voix s’élèvent pour prôner un retour à la nature, à l’authenticité et à des modes de vie plus sains.
2. Naissance du bio : Des Prémices agricoles à la contestation alimentaire
Le mouvement de l’agriculture biologique ne naît pas en 1968, mais la révolte de cette année-là lui offre un terreau fertile et une visibilité nouvelle.
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Les pionniers : Des figures comme Rudolf Steiner (biodynamie) ou Albert Howard (agriculture organique) avaient déjà posé les bases théoriques de l’agriculture biologique des décennies auparavant. Cependant, le grand public était peu réceptif.
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La prise de conscience : Mai 68 met en lumière les préoccupations environnementales et sanitaires. Les premiers rapports sur les pesticides (comme Printemps Silencieux de Rachel Carson, bien que paru en 1962, gagne en résonance) commencent à inquiéter.
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Les premières fermes Bio : Des agriculteurs, souvent jeunes et idéalistes, se lancent dans l’aventure du « bio ». Ils rejettent les engrais chimiques, les pesticides, et prônent une approche respectueuse des sols et des cycles naturels. C’est un acte de militantisme.
3. Le retour au terroir et aux circuits courts : Une réponse à l’anonymat
La critique de l’industrie alimentaire n’est pas seulement écologique ou sanitaire ; elle est aussi culturelle et sociale. Les repas deviennent anonymes, les saveurs standardisées.
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Revaloriser le local : Le retour au « terroir » est une quête de sens. On veut savoir d’où vient ce que l’on mange, qui l’a produit. C’est une réaction contre l’uniformisation des goûts.
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Les premiers marchés de producteurs : Bien avant les AMAP, des initiatives locales voient le jour pour recréer un lien direct entre producteurs et consommateurs. C’est l’embryon des circuits courts, où l’échange et la transparence sont rois.
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Le « fait maison » : Le plaisir de cuisiner soi-même, de transformer des produits bruts, retrouve une place centrale, en opposition aux plats préparés et aux conserves.
4. L’héritage de Mai 68 dans votre Assiette d’aujourd’hui
Cinquante ans plus tard, l’impact est indéniable :
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Démocratisation du Bio : Ce qui était une niche militante est devenu un marché de masse, avec des rayons bio dans tous les supermarchés.
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Conscience écologique : La notion d’impact environnemental de l’alimentation est ancrée dans les esprits.
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Diversité alimentaire : La recherche de produits locaux, de saison, et de variétés anciennes est devenue une tendance forte. Les labels et certifications sont la preuve d’un chemin parcouru.
Une Révolution discrète mais profonde
Mai 68 n’a pas seulement changé la politique ; il a semé les graines d’une révolution silencieuse dans nos cuisines.
Le rejet de l’uniformisation industrielle, la quête d’authenticité et le retour à une alimentation plus saine et locale sont les lointains échos des idéaux d’une époque.
Votre décision de choisir un produit bio, d’acheter en circuit court, ou de redécouvrir un produit du terroir, est, d’une certaine manière, un héritage direct de cet esprit de 1968.



