Monument de la gastronomie française, l’Oreiller de la Belle Aurore est un pâté en croûte spectaculaire imaginé par Jean Anthelme Brillat-Savarin en hommage à sa mère. Composé de viandes nobles, de gibiers, de foie gras et de truffes, il incarne l’excellence charcutière du XIXe siècle et connaît aujourd’hui un renouveau grâce à quelques artisans passionnés.

Une création familiale et gastronomique

L’Oreiller de la Belle Aurore tire son nom de Claudine-Aurore Récamier, mère du célèbre gastronome Jean Anthelme Brillat-Savarin. Ce dernier, dans son œuvre et sa vie, célèbre les plaisirs de la table comme art de vivre. L’oreiller est une création dédiée à sa mère, mais aussi à la cuisine bourgeoise lyonnaise et bugiste, dont il est issu.

La recette nous est transmise par Lucien Tendret, son neveu, dans La Table au pays de Brillat-Savarin (1892). Il décrit un pâté en croûte de forme carrée, pesant jusqu’à 30 kg, garni d’une farce complexe mêlant quinze viandes différentes : gibiers à plumes et à poils, pigeons, canards, poulardes de Bresse, ris de veau, foie gras, truffes noires… Le tout est enveloppé dans une pâte brisée épaisse et dorée, puis cuit lentement pour libérer tous les arômes.

Un plat de fête et de prestige

Servi froid ou tiède, l’Oreiller de la Belle Aurore était réservé aux grandes occasions : Noël, banquets, réceptions bourgeoises. Lorsqu’on le tranche, les parfums de truffe et de gibier embaument la pièce. Chaque bouchée révèle une texture fondante, une complexité aromatique et une maîtrise technique rare.

Ce pâté monumental est aussi un symbole de transmission : il exige du temps, de la précision, et une connaissance fine des viandes et des cuissons. Il représente l’apogée du pâté en croûte, bien avant que celui-ci ne devienne un produit de charcuterie courante.

Une recette exigeante, parfois simplifiée

La version originale est complexe et nécessite plusieurs jours de préparation. Des variantes modernes ont vu le jour, allégeant la recette tout en conservant son esprit.

Recette simplifiée : 4 à 6 viandes (canard, pigeon, veau, porc), foie gras, truffes, pâte brisée au saindoux Montage : en forme de coussin, avec une gelée vineuse ou madère Cuisson : lente, à basse température, pour préserver les jus et éviter le dessèchement

Des chefs comme Renards Gourmets ou Julie Andrieu ont proposé des adaptations pour les fêtes, accessibles aux cuisiniers amateurs tout en respectant la tradition.

Le retour d’un mythe charcutier

Depuis les années 2010, le pâté en croûte connaît un renouveau dans les cercles gastronomiques. En 2025, le championnat de France de l’Oreiller de la Belle Aurore a été remporté par Pierrick Bougerolle, charcutier à Saulieu (Côte-d’Or), qui a séduit le jury avec une version fidèle à l’esprit de Brillat-Savarin : montage à la main, goûts francs de gibier, pâte croustillante, marinades longues.

Ce regain d’intérêt s’inscrit dans une tendance plus large de réhabilitation des plats patrimoniaux, où le savoir-faire artisanal et la mémoire culinaire sont remis à l’honneur.

Un oreiller à réveiller

L’Oreiller de la Belle Aurore n’est pas qu’un pâté : c’est une œuvre culinaire, un hommage familial, un défi technique et un manifeste du goût. Le redécouvrir, c’est renouer avec une cuisine de transmission, de terroir et de générosité.

Et vous, oseriez-vous vous lancer dans la confection de ce monument charcutier ?

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