Le vin, un aliment éducatif

Imaginez une cantine scolaire. Sur la table des enfants, à côté du verre d’eau, trône une petite bouteille de vin rouge ou de cidre.

Ce tableau, aujourd’hui impensable et illégal, était une réalité quotidienne en France pendant près d’un siècle, jusqu’à son interdiction définitive en 1956 (pour le vin) et en 1981 (pour les boissons alcoolisées en général).

Loin d’être considéré comme un vice, le vin était alors perçu comme un aliment essentiel, une source d’énergie et une boisson plus saine que l’eau courante (dont la potabilité n’était pas toujours garantie).

Cet article explore comment le vin s’est invité dans les réfectoires, pourquoi il y est resté si longtemps, et les raisons de son retrait final.

1. Origines et justifications de la coutume

L’habitude de servir du vin aux enfants, même à l’école, trouve ses racines dans plusieurs réalités sociales et médicales du XIXe et début du XXe siècle.

a. Une question de santé publique

Avant la généralisation de l’eau courante potable et traitée, l’eau était souvent vue comme un vecteur de maladies (typhoïde, choléra). Le vin, dont le processus de fermentation le rendait plus sûr microbiologiquement, était souvent considéré comme une boisson plus hygiénique.

De plus, le vin et le cidre étaient perçus comme des toniques et des sources d’énergie et de fer, supposées combattre la fatigue et la malnutrition dans un contexte économique souvent difficile pour les classes populaires.

b. Le vin, un pilier de la culture et de l’économie

La France est un pays viticole. Le vin était un pilier de l’alimentation traditionnelle (le « vin de table » quotidien) et de l’économie nationale. Servir du vin aux enfants était, en quelque sorte, un acte culturel et patriotique, enseignant la consommation modérée dès le plus jeune âge.

2. Le cadre légal : l’âge d’or du vin scolaire

Cette pratique n’était pas sauvage, mais encadrée par la loi et les décrets de la Troisième République :

  • Avant 1890 : Le vin était servi sans réglementation précise.

  • Les années 1920-1940 : C’est la période où la consommation de vin est la plus institutionnalisée. Bien que souvent coupé d’eau (« vin rosé » ou « piquette ») pour être très léger en alcool, il était considéré comme faisant partie de la ration alimentaire normale.

La limite d’âge

Il existait cependant une limite d’âge. Le vin n’était généralement pas servi aux plus petits : la distribution était souvent réservée aux enfants de 12 ans et plus, en particulier dans le secondaire et les collèges (bien que cette limite ait été souvent contournée dans les zones de forte production).

3. Le déclin : l’émergence des préoccupations de santé

Les mentalités ont commencé à changer radicalement au milieu du XXe siècle, principalement sous l’impulsion des professionnels de santé.

1956 : Le décret fondateur

Le tournant décisif a eu lieu le 23 septembre 1956. Le ministre de l’Éducation nationale, André Boulloche, a signé un décret interdisant purement et simplement la distribution de vin, de bière et de cidre dans les écoles primaires et les cours complémentaires (l’équivalent de nos collèges).

  • La motivation : L’État a reconnu que la France avait un problème d’alcoolisme, notamment dans le monde ouvrier. Les médecins et les hygiénistes ont démontré que même une faible consommation d’alcool quotidienne chez les enfants créait une accoutumance précoce, augmentant les risques à l’âge adulte.

1981 : L’interdiction totale

Après 1956, les boissons alcoolisées sont restées autorisées dans les lycées. Il a fallu attendre l’année 1981 et la loi relative à la prévention de l’alcoolisme pour que l’interdiction de servir toute boisson alcoolisée soit étendue à tous les établissements d’enseignement, y compris les lycées.

Un héritage culturel complexe

L’histoire du vin dans les cantines scolaires est un miroir de l’évolution de la société française :

  1. Elle témoigne d’une époque où le vin était un aliment de survie et un symbole culturel.

  2. Elle illustre la prise de conscience progressive des dangers de l’alcoolisme et l’amélioration de la santé publique (eau potable).

Aujourd’hui, les cantines scolaires sont régies par des règles strictes favorisant l’eau, les fruits et le lait, marquant la fin définitive de cette tradition étonnante.

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