C’est l’un des plus grands débats sur les étals des poissonniers et dans les cuisines des restaurants : faut-il écrire Dorade ou Daurade ?

Si la prononciation est identique, la différence à l’écrit ne relève pas de la simple coquetterie orthographique.

En réalité, cette lettre change tout : l’espèce, le prix, et même le prestige de votre assiette.

Découvrez pourquoi vous ne devriez plus jamais confondre les deux, et comment ce détail linguistique cache l’un des plus grands trésors de la gastronomie française.

L’origine du mystère : Une question de « lumière »

Pour comprendre pourquoi nous hésitons entre le « O » et le « AU », il faut remonter aux racines provençales.

  • La racine : Le mot vient de l’ancien provençal daurada, qui signifie littéralement « dorée ».

  • L’histoire : Le terme a été francisé en « dorade » par analogie avec le verbe dorer. Cependant, la langue française a conservé l’orthographe « daurade » pour désigner la variété la plus prestigieuse, celle qui porte littéralement une « couronne d’or ».

Science et loi : Ce que dit la réglementation française

En France, la loi est très stricte pour éviter les tromperies sur la marchandise.

1. La « daurade » (avec AU) : La reine unique

L’orthographe avec un « AU » est strictement réservée à une seule et unique espèce : la daurade royale (Sparus aurata).

  • Signe distinctif : Elle possède une tache dorée très marquée sur le front, entre les deux yeux, comme un diadème, et une autre sur les joues.

  • Statut : C’est le Graal des sparidés, la seule qui a le droit légal de porter le nom de « Royale ».

2. La « dorade » (avec O) : Les autres prétendantes

Le « O » est un terme générique qui englobe plusieurs espèces. Si vous lisez « dorade » sans précision, il s’agit souvent de :

  • La dorade grise (griset) : Très abondante en Atlantique. Sa chair est bonne mais moins fine que celle de la Royale.

  • La dorade rose (pagre) : Reconnaissable à ses reflets rosés, elle est très appréciée dans le Sud-Ouest.

  • La dorade coryphène : Un poisson tropical totalement différent (le « Mahi-mahi »), à la chair très ferme.

Terroirs et spécialités régionales : Le Tour de France

En Méditerranée : L’art du sel et du feu

Dans le Sud, la daurade royale est une institution.

  • La daurade en croûte de sel : C’est la méthode reine. Le poisson est emprisonné dans une coque de sel gris de Camargue. Cela permet une cuisson à l’étouffée où la chair reste d’une humidité et d’une finesse incomparables.

  • À la Provençale : Cuisinée entière avec des tomates fraîches, des olives de Nice, des oignons et un filet d’huile d’olive de la vallée des Baux.

En Atlantique et Bretagne : La force du Griset

La dorade grise y est reine, souvent pêchée à la ligne.

  • Au cidre et aux pommes : Une spécialité bretonne où la dorade est braisée, mêlant l’acidité du verger à l’iode de l’Océan.

  • Le Griset au four : Simplement parsemé de gros sel et de branches de romarin.

Dans le Sud-Ouest : L’influence Basque

Ici, on ne plaisante pas avec la dorade rose.

  • À la mode de Guetaria : Le poisson est ouvert en « portefeuille », grillé à la plancha, puis arrosé d’une émulsion d’ail frit, de piment d’Espelette et d’un trait de vinaigre de cidre (Xipister).

Gastronomie : Pourquoi les chefs se l’arrachent ?

La daurade royale est considérée comme l’un des poissons les plus fins au monde, juste derrière le bar de ligne.

  • La texture : Sa chair est blanche, serrée mais moelleuse, avec un feuilletage parfait.

  • Le goût : Un parfum subtil de noisette et d’iode, sans être trop fort.

  • En cru : Elle est exceptionnelle en Carpaccio. Les chefs la préparent avec un zeste de citron vert et une pointe de fleur de sel pour ne pas dénaturer son goût.

Les Accords mets et vins : L’équilibre parfait

Pour ne pas écraser la finesse de la daurade, le choix du vin est crucial.

  • Pour une daurade royale grillée ou en croûte de sel : * Privilégiez un vin blanc sec et minéral. Un Cassis blanc ou un Bellet (vins de Provence) sont les compagnons historiques.

    • Un Chablis ou un Sancerre apporteront une tension minérale qui soulignera le côté iodé.

  • Pour une dorade à la Provençale (tomate et herbes) :

    • Un rosé de Provence de gastronomie (type Bandol ou Palette) sera parfait pour répondre à l’acidité de la tomate.

  • Pour une version crue (Carpaccio) :

    • Un vin très vif comme un Muscadet Sèvre et Maine sur lie pour jouer sur la fraîcheur.

Le Conseil d’Aventure Culinaire pour ne plus vous tromper

La prochaine fois que vous irez au marché : regardez le front du poisson.

  • S’il y a une ligne d’or brillante entre les yeux, écrivez DAURADE (avec un A comme « Or »).

  • Si le front est uniforme, écrivez DORADE.

Non seulement vous respecterez la langue française, mais vous saurez exactement ce que vous mettez dans votre assiette !

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