Si la France est une terre de pot-au-feu et de ragoûts, la potée Auvergnate occupe une place singulière dans l’Olympe de la cuisine rustique.

Contrairement au pot-au-feu qui privilégie le bœuf, la potée est l’apothéose du porc et du chou vert, une alliance née de la nécessité paysanne et élevée au rang d’art de vivre.

Une histoire de subsistance et de tradition

L’origine de la potée se perd dans les brumes des monts du Cantal et du Puy-de-Dôme. Historiquement, c’était le plat de « la soupe » (le terme désignait autrefois le pain trempé dans le bouillon).

Le « plat du pauvre » devenu royal

Dans les fermes auvergnates, on vivait au rythme du « tue-cochon« .

Le porc, dont « tout est bon », fournissait la base protéinée pour tout l’hiver. Le chou, légume résistant aux frimas du Massif Central, complétait cette base. C’était un plat qui mijotait indéfiniment dans le « toupin » (pot en terre) ou la marmite en fonte dans l’âtre de la cheminée.

Aujourd’hui, elle incarne la générosité et la convivialité des tables de montagne.

Les fondamentaux : Ingrédients et terroir

Une véritable potée ne souffre aucune approximation sur la qualité des produits.

  • Le porc (La « Sainte Trinité ») : Il faut un mélange de textures. On y met du jarret (le jambonneau), de la palette demi-sel, du lard fumé (poitrine) et, pour les puristes, une oreille ou un pied pour le collant du bouillon.

  • La charcuterie : L’incontournable saucisse de morteau ou, mieux encore, la véritable saucisse d’Auvergne (pur porc).

  • Le chou : Un chou vert frisé, pommé, qui a « pris le gel » pour être plus tendre et moins amer.

  • Les légumes racines : Pommes de terre (variété à chair ferme comme la Charlotte ou l’Amandine), carottes, navets et poireaux.

  • L’ail rose de Billom : Pour son parfum subtil (voir notre article dédié).

La recette traditionnelle d’Aventure Culinaire

Ingrédients (pour 6 à 8 personnes)

La technique de professionnel

  1. Le dessalage : Étape cruciale. Faites tremper la palette et le jarret dans l’eau froide pendant au moins 2 heures (voire toute une nuit selon le sel) pour ne pas saturer le bouillon.

  2. Blanchir le chou : Coupez le chou en quatre, retirez le trognon. Plongez-le 5 minutes dans l’eau bouillante salée, puis rafraîchissez-le immédiatement à l’eau glacée. Cela le rend plus digeste et préserve sa couleur.

  3. La longue cuisson : Dans un grand faitout, déposez les viandes (sauf la saucisse). Couvrez d’eau froide. Portez à ébullition, écumez soigneusement. Ajoutez l’oignon, l’ail et le bouquet garni. Laissez mijoter 1h30 à feu très doux.

  4. Le mariage des légumes : Ajoutez le chou, les carottes, les navets et les poireaux. Poursuivez la cuisson 45 minutes.

  5. Le final : Ajoutez les pommes de terre et la saucisse (préalablement piquée). Laissez cuire encore 30 minutes.

Variantes et astuces de chef

  • La version « bourgeoise » : Certains ajoutent un morceau de bœuf (macreuse) pour enrichir le bouillon, transformant la potée en un hybride avec le pot-au-feu.

  • Le secret du bouillon : Ne salez jamais au début ! Le porc demi-sel s’en chargera. Poivrez généreusement en fin de cuisson.

  • Le service : Traditionnellement, on sert d’abord le bouillon sur des tranches de pain de campagne rassis, puis les viandes et légumes dans un grand plat de service.

Accords mets & vins

La potée est un plat puissant, gras et salé. Il lui faut un vin capable de « nettoyer » le palais tout en respectant la rusticité du porc.

  1. Le choix régional (Idéal) : Un Côtes-d’Auvergne (Boudes ou Corent). Ce sont des vins rouges issus du Gamay ou du Pinot Noir, avec une belle acidité et des notes de fruits rouges qui contrastent avec le gras de la charcuterie.

  2. L’alternative : Un Saint-Pourçain rouge, pour sa fraîcheur et sa légèreté.

  3. Pour les amateurs de Blanc : Un blanc sec et minéral comme un Chardonnay de l’Allier peut surprendre agréablement, surtout si la potée contient beaucoup de chou.

L’avis de l’expert :

La potée est encore meilleure réchauffée le lendemain. Les saveurs du lard et du chou s’interpénètrent alors totalement.

S’il vous reste du chou et des pommes de terre, écrasez-les ensemble et faites-les rissoler à la poêle avec un peu de graisse de canard : vous obtiendrez une délicieuse « patranque » improvisée.

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