S’il est un plat qui incarne le renouveau de la nature et le savoir-faire français, c’est bien le Navarin d’agneau.
Ce ragoût printanier est un monument de la cuisine bourgeoise, un équilibre parfait entre la tendreté de la viande jeune et le croquant des légumes primeurs.
Pour nous, passionnés de gastronomie, le Navarin est surtout un exercice de style : celui de la cuisson juste et du glaçage des légumes.
Un peu d’histoire : Entre bataille et botanique
L’origine du nom « Navarin » fait encore débat parmi les historiens du goût :
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L’origine héroïque : On raconte que le plat aurait été créé pour célébrer la victoire navale de Navarin en 1827 (Grèce), où la flotte française s’illustra.
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L’origine potagère : Plus prosaïquement, le nom dériverait de « navet« , ingrédient pilier du plat. À l’origine, on parlait d’un « haricot de mouton » (qui ne contenait pas de haricots, mais des morceaux coupés en forme de fèves).
Quoi qu’il en soit, le Navarin est devenu au XIXe siècle un classique des cartes de la grande restauration française, codifié plus tard par Auguste Escoffier.
Le navarin et nos terroirs de Nouvelle-Aquitaine
Si le Navarin est un plat national, il trouve une résonance particulière dans notre région, terre d’élevage par excellence.
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L’agneau de Pauillac (IGP) : Dans le Bordelais, utiliser cet agneau de lait nourri sous la mère donne au Navarin une finesse incomparable. Sa chair blanche et fondante appelle des légumes très doux.
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L’agneau du Poitou-Charentes : Plus musclé, il offre un jus plus corsé, idéal pour une version « printanière » riche en herbes fraîches du marais.
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Le Marais Poitevin : C’est ici que l’on puise les plus beaux légumes bottes (petits navets, carottes fanes, oignons grelots) qui font la gloire du plat.
La recette technique
Le secret d’un bon Navarin réside dans la réaction de Maillard (la coloration de la viande) et la clarté de la sauce.
Ingrédients (pour 4 personnes) :
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Viande : 1 kg d’épaule ou de collier d’agneau (coupé en morceaux de 40-50g).
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Garniture aromatique : Carottes, oignons, bouquet garni, gousses d’ail.
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Légumes primeurs : 8 petits navets, 8 petites carottes, 200g de petits pois frais, 200g de fèves, 4 pommes de terre (type Charlotte).
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Liaison : 30g de farine (singer), concentré de tomate.
Étapes clés :
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Marquer la viande : Faire rissoler les morceaux dans de l’huile et du beurre jusqu’à obtenir une belle croûte dorée.
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Singer : Saupoudrer de farine, cuire 2 minutes, puis ajouter le concentré de tomate.
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Mouiller : Ajouter du fond blanc ou de l’eau à hauteur, l’ail et le bouquet garni. Cuire à frémissement environ 1h à 1h15.
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Glacer les légumes : C’est le secret ! Cuire les carottes et les navets à part « à blanc » avec un peu d’eau, de beurre et une pincée de sucre pour qu’ils soient brillants.
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Finitions : Réunir la viande (sauce filtrée au chinois étamine) et les légumes. Ajouter les petits pois et fèves blanchis au dernier moment.
Variantes et modernité
Le Navarin sait s’adapter aux envies et aux saisons :
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Le navarin printanier : La version classique, uniquement avec des légumes verts et des racines nouvelles.
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Le navarin à l’ancienne (duxelles) : On y ajoute des champignons de Paris tournés.
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La version « bocage » : Matthieu Bodin (notre artisan-vigneron) vous conseillerait un mouillage avec un vin blanc sec de terroir pour apporter une acidité noble qui casse le gras de l’agneau.
L’accord mets & vins
Pour accompagner ce plat délicat, nous vous suggérons :
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Un vin rouge souple et fruité comme un Puisseguin-Saint-Émilion ou un Blaye-Côtes de Bordeaux.
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Pour les amateurs de blanc, un Graves charnu saura répondre à la sucrosité des navets glacés.
En résumé
Le Navarin d’agneau est une ode à la patience et au respect du produit.
Il demande de la technique (le tournage des légumes, la maîtrise de la liaison) mais offre en retour une explosion de saveurs printanières.
Un incontournable du savoir-faire français à remettre absolument sur nos tables.



