Dans l’univers de la gastronomie, le feu est à la fois l’outil de création suprême et l’élément de tous les dangers.

Il n’est donc pas surprenant que les corporations de métiers, dès le Moyen Âge, aient choisi pour protecteurs des saints dont l’histoire est intimement liée aux flammes, à la cuisson… et parfois à des supplices culinaires.

Saint Laurent : Le grillé des rôtisseurs

Si vous passez devant une rôtisserie, sachez que c’est sous l’égide de Saint Laurent que le tournebroche s’active.

Laurent était un diacre à Rome au IIIe siècle, dont la fin fut pour le moins… cuisante.

  • Le martyre : La légende raconte qu’il fut condamné à être brûlé vif sur un gril. Avec un humour noir qui force encore l’admiration des brigades, il aurait lancé à son bourreau : « C’est cuit de ce côté, tu peux me retourner ! ».

  • Le patronage : En raison de ce gril (devenu son emblème iconographique), il est naturellement devenu le patron des rôtisseurs, des grillardins et de tous ceux qui manient le feu vif. On le fête le 10 août.

Saint Honoré : La renaissance des boulangers

C’est sans doute le saint le plus célèbre du répertoire gourmand, ayant donné son nom à l’un de nos plus grands classiques de la pâtisserie.

  • Le miracle du fourquet : Évêque d’Amiens au VIe siècle, Honoré vit sa vocation confirmée par un signe prodigieux. Alors que sa nourrice faisait cuire son pain, elle refusa de croire à sa nomination : « Si c’est vrai, que ma pelle à pain s’enracine ! ». Le fourquet (la pelle) se transforma instantanément en un mûrier croulant sous les fruits.

  • Le patronage : Ce miracle a scellé son destin de protecteur des boulangers et pâtissiers. Sa fête, le 16 mai, est devenue le rendez-vous mondial de la fête du pain.

Le Saint patron de tous les cuisiniers

Si Honoré s’occupe du pain et Laurent des rôtis, il existe une figure tutélaire qui chapeaute l’ensemble de la profession, des chefs aux gastronomes : Saint Fortunat.

  • Le poète de la gastronomie : Évêque de Poitiers au VIe siècle, Vénance Fortunat était un homme de lettres qui aimait la vie et les plaisirs de la table. Contrairement aux martyrs, il a été choisi pour sa célébration de la convivialité.

  • Le patronage : Considéré comme l’un des premiers chroniqueurs gastronomiques de l’histoire, il a laissé de nombreux poèmes célébrant les saveurs et l’art de recevoir. Il veille sur l’harmonie des goûts et la noblesse du produit.

Sainte Marthe : La maîtresse de maison

On ne peut oublier celle qui protège l’hôtellerie et le service.

Dans les textes, Marthe est celle qui s’active aux fourneaux pour servir ses invités avec efficacité pendant que les autres écoutent les enseignements.

Elle est la sainte patronne des commis, des hôteliers et du service en salle.

Pourquoi cette dimension mystique reste-t-elle ancrée ?

Aujourd’hui, même si la dimension religieuse s’efface, ces figures restent des symboles de transmission et de maîtrise technique.

  1. Dompter le feu : Prier ces saints, c’était autrefois demander la protection contre les incendies de cuisine, une hantise dans les villes anciennes.

  2. L’excellence du geste : Le gâteau « Saint-Honoré », créé vers 1847 par le pâtissier Chiboust, rend hommage à cette rigueur en réunissant le feuilletage, la pâte à choux et la crème (la célèbre crème Chiboust).

Le saviez-vous ?

Chaque année, de nombreuses confréries gastronomiques défilent encore en habit traditionnel pour honorer leur Saint Patron, perpétuant ainsi un lien invisible entre la foi ancienne et la passion moderne pour la cuisine.

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