Si Marseille a sa bouillabaisse, la Côte Bleue a son « diamant noir ».
À Carry-le-Rouet, l’oursin n’est pas un simple fruit de mer, c’est une religion.
Chaque hiver, lorsque le mistral purifie les eaux méditerranéennes, ce petit échinoderme devient la star incontestée des tables étoilées et des dégustations sur le port.
Une tradition née d’un pari insolite
Tout commence en 1952. Lors d’une dégustation à la calanque du Rouet, les pêcheurs locaux offrent au maire de l’époque, Alfred Martin, son propre poids en oursins. Ce geste folklorique et généreux a marqué les esprits, donnant naissance dès 1960 à la première « Journée de l’Oursin ».
Depuis, chaque dimanche de février est l’occasion des Oursinades. C’est une fête populaire où des dizaines de milliers de visiteurs se retrouvent sur les quais pour déguster ce que nos anciens appelaient le « caviar du pauvre », devenu aujourd’hui un produit de luxe recherché pour sa rareté.
Pourquoi celui de Carry est-il si spécial ?
Le secret réside dans l’écosystème préservé de la Côte Bleue. L’oursin consommé ici est l’Echinus esculentus, qui s’épanouit dans des eaux particulièrement oxygénées, riches en algues brunes et posidonies.
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Le corail : Ce que les chefs recherchent, ce sont les cinq langues de gonades disposées en étoile. Leur couleur varie de l’orangé vif au rouge sang selon l’alimentation de l’animal.
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La saveur : Un équilibre magistral entre l’iode pure, le sel marin et une douceur crémeuse évoquant la noisette fraîche.
Le carnet de recettes : Du brut au sophistiqué
1. La tradition : L’oursinade au couteau
C’est le degré zéro de la cuisine, là où le produit s’exprime sans artifice.
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Ingrédients : 12 oursins de Carry par personne, pain de campagne à mie dense, beurre de baratte demi-sel.
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Le geste : Utilisez un « coupe-oursin » ou des ciseaux robustes. Coupez la calotte sur le tiers supérieur (côté bouche).
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L’astuce du chef : Ne rincez jamais l’intérieur à l’eau douce ! Secouez l’oursin d’un coup sec pour évacuer l’eau de mer et les impuretés. Le corail doit rester intact, brillant et vivant.
2. La gastronomie : La brouillade d’oursins minute
Le plat signature des grandes tables provençales. L’œuf est ici le meilleur fixateur d’arôme pour l’iode.
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Ingrédients (pour 4) : 24 oursins, 8 œufs très frais, 20g de beurre, 2 cuillères à soupe de crème liquide entière, poivre blanc. (Note : Ne salez pas, le corail s’en charge).
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La technique :
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Ouvrez les oursins et récupérez le corail. Réservez-en 4 entiers pour le décor.
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Battez les œufs avec la crème.
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Faites fondre le beurre au bain-marie. Versez les œufs et remuez sans cesse à la spatule.
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La texture doit rester celle d’une pommade onctueuse.
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Hors du feu, incorporez délicatement le corail. La chaleur résiduelle suffit à le saisir.
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L’astuce d’Aventure Culinaire
Comment reconnaître un oursin plein sans l’ouvrir ?
Observez attentivement l’animal dans l’eau ou sur l’étal.
Un oursin bien garni est un oursin « coquet » : il utilise ses podias (petits pieds ventouses) pour se recouvrir de débris de coquillages, de cailloux ou d’algues afin de se camoufler.
S’il est « nu » et immobile, il y a de fortes chances qu’il soit vide.
De plus, privilégiez toujours les spécimens les plus lourds en main, signe d’un corail généreux et bien hydraté.
Préservation : Une ressource sous haute surveillance
Le succès de l’oursin de Carry impose une gestion stricte. La pêche est limitée (du 1er novembre au 15 avril) et la taille minimale est de 5 cm hors piquants.
Le Parc Marin de la Côte Bleue veille à ce que nos futures générations puissent encore connaître ce plaisir hivernal.
L’accord parfait d’Aventure Culinaire
Pour escorter ce tempérament iodé :
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Le choix idéal : Un Cassis Blanc (AOC). Sa minéralité saline répond parfaitement à la puissance du corail.
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L’alternative : Un Rolle (Vermentino) de Provence pour sa fraîcheur et ses notes d’agrumes.



