Recherché par les gourmets pour sa texture soyeuse et son goût d’une finesse incomparable, le ris de veau est le roi des abats blancs.
Ce produit noble, qui exige une préparation minutieuse, est depuis des siècles le passage obligé des plus grands chefs pour démontrer leur maîtrise du feu et de la sauce.
1. Précision anatomique et historique
Le ris est une glande (le thymus) située à l’entrée de la poitrine du veau. Il se compose de deux parties :
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La noix : La partie ronde, la plus prisée et la plus charnue.
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La gorge : Plus allongée et légèrement moins fine, souvent utilisée dans les farces ou les ragoûts.
Historiquement : Le ris de veau a conquis ses lettres de noblesse à la table des rois de France dès le XVIIe siècle.
Alors que le peuple consommait les bas morceaux par nécessité, la noblesse s’est entichée de cette « viande » à la blancheur immaculée, symbole de pureté et de délicatesse.
Sous l’influence de grands chefs comme Carême puis Escoffier, il est devenu le pilier des banquets de prestige.
2. Le terroir et la qualité : Une question d’âge
Pour obtenir un ris de qualité, le veau doit impérativement être élevé sous la mère ou nourri exclusivement au lait. Dès que l’animal commence à brouter de l’herbe, le thymus s’atrophie et perd sa finesse pour devenir caoutchouteux.
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Régions d’excellence : Le Limousin, la Normandie et le Sud-Ouest (Veau d’Aveyron et du Ségala) sont les terroirs de prédilection où l’élevage traditionnel garantit des ris d’une onctuosité parfaite.
3. La préparation : Un rituel de patience
Le ris de veau ne s’improvise pas. Il nécessite trois étapes cruciales avant la cuisson :
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Le dégorgeage : Trempage dans l’eau froide (souvent avec un peu de lait ou de vinaigre) pendant plusieurs heures pour évacuer les impuretés et le sang.
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Le blanchissage : Une immersion de quelques minutes dans l’eau bouillante pour raffermir la chair.
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L’épluchage : Le moment le plus délicat où l’on retire la fine membrane nerveuse qui entoure la noix sans abîmer la chair.
4. Recettes emblématiques et variantes
A. Le ris de veau braisé « à la financière »
C’est le sommet du classicisme. Braisé doucement avec un fond de veau, il est accompagné de quenelles de volaille, de crêtes de coq, de champignons et de truffes. C’est la garniture historique des fameuses bouchées à la reine.
B. Le ris de veau Meunière (La Quintessence)
La méthode favorite des chefs actuels : la noix est simplement farinée puis rôtie au beurre mousseux jusqu’à obtenir une croûte dorée et croustillante, tout en gardant un cœur fondant, presque crémeux. On l’arrose de son beurre de cuisson noisette et d’un trait de citron.
C. La variante moderne : Ris de veau aux morilles
L’accord avec les champignons forestiers, particulièrement la morille, est considéré comme le mariage parfait. La sauce est souvent montée à la crème , ce qui souligne le côté lacté du ris.
5. Accords mets et vins
Le ris de veau appelle des vins capables de rivaliser avec son onctuosité tout en apportant de la structure.
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Le choix royal : Un grand vin blanc de Bourgogne (un Meursault ou un Chassagne-Montrachet). Le côté beurré et boisé du Chardonnay répond à merveille au croustillant du ris rôti.
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Le choix audacieux : Un vin jaune du Jura. Ses notes de noix et de curry subliment un ris de veau aux morilles.
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Côté rouge : Si vous préférez le rouge, optez pour un vin évolué et soyeux, comme un Pomerol ou un vieux Pinot Noir. Les tanins doivent être totalement fondus pour ne pas masquer la finesse de l’abat.
L’avis d’Aventure Culinaire
Le ris de veau est l’exemple même du produit qui pardonne peu.
Une cuisson trop longue le dessèche, une préparation bâclée le rend élastique.
Mais lorsqu’il est traité avec le respect qu’il mérite — bien dégorgé et rôti avec amour — il offre une émotion gastronomique rare.
C’est le plat qui justifie à lui seul le titre de « Gastronomie Française ».



