Si la fondue est aujourd’hui indissociable des vacances aux sports d’hiver, elle cache une histoire fascinante faite de nécessité, de terroirs protégés et de règles de savoir-vivre (souvent ponctuées de gages !).
Un peu d’histoire : Pourquoi « fondue » ?
Contrairement à une idée reçue, la fondue n’est pas née dans un restaurant chic de Courchevel.
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Une origine suisse débattue : La première recette écrite apparaît en Suisse au XVIIIe siècle. À l’origine, c’était un plat de paysans. En hiver, les familles se retrouvaient isolées par la neige. Il fallait utiliser les restes de fromage durci et de pain rassis. En faisant fondre le fromage avec un peu de vin (pour l’acidité et la conservation), on obtenait un repas chaud et nourrissant.
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La francisation : C’est après la Seconde Guerre mondiale, avec l’essor du tourisme de masse et du ski, que la Savoie s’approprie le concept en utilisant ses propres crus fromagers.
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La consécration médiatique : Le film Les Bronzés font du ski (1979) a définitivement ancré la fondue dans l’imaginaire collectif français, avec ses gages mythiques (le fil de fer, le saut dans la neige).
Le terroir : La règle des trois fromages
Une véritable fondue savoyarde ne se fait pas avec « n’importe quel » fromage. Elle repose sur l’équilibre entre trois pépites des Alpes françaises, idéalement au lait cru :
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Le beaufort (AOP) : Surnommé le « Prince des Gruyères », il apporte l’onctuosité et des notes florales.
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L’abondance (AOP) : Un fromage de la vallée du même nom, qui donne du caractère et une pointe d’amertume noisette.
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L’emmental de Savoie (IGP) : Il est là pour la texture « filante » et la légèreté.
Le ratio classique : On compte généralement 200g à 250g de fromage par personne, répartis à parts égales entre ces trois variétés.
La recette traditionnelle
Ingrédients (pour 4 personnes) :
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800g à 1kg de fromage (Beaufort, Abondance, Emmental de Savoie).
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40cl de vin blanc sec de Savoie (Apremont, Abymes).
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1 gousse d’ail.
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1 cuillère à café de fécule de maïs (optionnel, pour lier).
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Un petit verre de Kirsch (eau-de-vie de cerise).
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Pain rassis coupé en cubes (indispensable qu’il soit un peu dur pour tenir sur le pic).
Préparation :
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Frotter le caquelon : Utilisez la gousse d’ail coupée en deux pour frotter vigoureusement les parois du poêlon en fonte ou en terre cuite.
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Chauffer le vin : Faites chauffer le vin blanc jusqu’à ce qu’il frémisse.
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L’incorporation : Ajoutez le fromage râpé ou coupé en fines lamelles, poignée par poignée, en remuant sans cesse en formant des « 8 » avec une cuillère en bois.
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La liaison : Une fois le mélange homogène, ajoutez le Kirsch (mélangé à la fécule si besoin). Poivrez et ajoutez une pincée de muscade.
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Le service : Posez sur le réchaud. La flamme doit être douce pour maintenir le fromage fondu sans le brûler.
Variantes et évolutions
Bien que la tradition soit reine, la fondue s’adapte aux goûts :
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La fondue aux cèpes : On ajoute des cèpes séchés ou frais en début de cuisson pour un parfum boisé intense.
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La fondue à la truffe : Pour une version luxueuse, on intègre des brisures de truffe noire.
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La variante Comtoise : Uniquement à base de Comté de différents affinages. Plus douce et fruitée.
Les garnitures : L’art de l’accompagnement
Si le fromage est la star, les accompagnements sont ses meilleurs seconds rôles. Voici comment composer un plateau équilibré.
1. La charcuterie : L’incontournable
Pour répondre à l’onctuosité du fromage, il faut du sel et du fumé. Privilégiez les produits locaux :
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Le jambon cru de Savoie : Tranché très fin, il apporte une douceur saline.
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La viande des grisons ou la Bresaola : Pour une touche plus maigre et intense en goût de bœuf.
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Les diots de Savoie : Ces petites saucisses locales, souvent cuites au vin blanc, peuvent être servies froides en rondelles ou chaudes à côté.
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La rosette ou le saucisson de montagne : Pour le croquant et le gras noble.
2. Les féculents : Au-delà du pain
Bien que le pain rassis soit la base, beaucoup d’amateurs aiment varier les supports :
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Les pommes de terre : Choisissez des variétés à chair ferme (type Charlotte ou Ratte). Cuites à la vapeur avec leur peau, elles se marient divinement avec le fromage fondu. On peut les napper directement dans son assiette.
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Le pain aux céréales ou aux noix : Pour apporter une touche de rusticité supplémentaire.
3. La fraîcheur : Pour équilibrer le repas
Un repas aussi riche nécessite une touche d’acidité pour « nettoyer » le palais :
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La salade verte : Une belle batavia ou une frisée, relevée d’une vinaigrette bien moutardée et d’un peu d’échalote ciselée.
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Les condiments : Les cornichons croquants, les petits oignons blancs au vinaigre et même quelques câpres sont indispensables pour trancher avec le gras du fromage.
Le conseil d’Aventure Culinaire
Pour une touche d’originalité qui surprendra vos invités, proposez quelques quartiers de pomme acide (type Granny Smith) ou des grains de raisin blanc.
Le contraste sucré-salé avec le Beaufort et l’Abondance est absolument remarquable et apporte une légèreté bienvenue en milieu de repas.
Accords mets et vins
L’erreur commune est de vouloir servir un vin trop lourd. Il faut de l’acidité pour « couper » le gras du fromage.
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Le choix régional (Idéal) : Un blanc sec de Savoie comme un Apremont, une Roussette de Savoie (Altesse) ou un Chignin-Bergeron. Ces vins possèdent une fraîcheur qui nettoie le palais.
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L’alternative : Un Riesling alsacien ou un Arbois du Jura.
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Et l’eau ? On dit souvent qu’il ne faut pas boire d’eau froide avec la fondue pour éviter que le fromage ne « fige » dans l’estomac. Préférez de l’eau à température ambiante ou une tisane chaude après le repas.
Le secret de la fin : « La religieuse »
Le moment le plus attendu des connaisseurs n’est pas le début, mais la fin.
Lorsque le caquelon est presque vide, il reste au fond une fine croûte de fromage grillé appelée « la religieuse ».
On la décolle avec précaution : c’est le morceau le plus savoureux, concentré en arômes.
Le conseil d’Aventure Culinaire
Pour transformer votre fondue en une expérience inoubliable, ne négligez pas le choix du pain.
Un pain de campagne à la croûte épaisse ou un pain au levain rassis de 24 heures sont vos meilleurs alliés.
L’astuce de chef : Si votre fondue a tendance à se séparer (le gras remonte), n’ajoutez surtout pas de fromage !
Versez une petite goutte de vin blanc bien froid mélangé à une demi-cuillère de fécule, et fouettez énergiquement.
La liaison redeviendra instantanément soyeuse et nappante.
Et n’oubliez pas : celui qui perd son pain dans le caquelon finit dans la neige (ou paie sa bouteille) !



