S’il est un vin qui incarne la distinction et le renouveau du vignoble savoyard, c’est bien la Roussette de Savoie.
Loin des clichés des vins de soif pour fondues, ce nectar issu du cépage Altesse s’impose aujourd’hui sur les plus grandes tables gastronomiques par sa complexité, sa structure et son incroyable potentiel de garde.
1. Un destin historique : La légende de l’altesse
L’histoire de la Roussette est indissociable de son cépage unique : l’Altesse. Son origine a longtemps alimenté les légendes les plus romanesques.
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L’ombre de Chypre : Une légende tenace raconte que le cépage fut rapporté de Chypre en 1434 par Anne de Lusignan, lors de son mariage avec Louis de Savoie. Bien que séduisante, la science (ampélographie) a récemment démontré que l’Altesse est un cépage autochtone de la région savoyarde, cousin génétique du Chasselas.
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Un nom évocateur : Le terme Roussette provient de la couleur des baies à maturité. Sous l’effet du soleil, la peau des raisins, normalement verte, se pare d’un roux doré cuivré juste avant les vendanges.
2. Le terroir : Entre lacs et montagnes
La Roussette de Savoie bénéficie d’une Appellation d’Origine Contrôlée (AOC) depuis 1973. Elle se décline sur des terroirs spécifiques où l’ensoleillement est maximal.
L’appellation et ses crus
Si la Roussette de Savoie peut être produite sur l’ensemble du département, quatre communes bénéficient de la mention Cru, garantissant des exigences de production supérieures :
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Frangy : Sur les coteaux de la vallée des Usses, elle offre des vins vifs et minéraux.
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Marestel : Probablement le cru le plus prestigieux, sur les pentes abruptes du Mont du Chat, produisant des vins d’une grande opulence.
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Monterminod : Situé sur les hauteurs de Chambéry, un terroir solaire qui donne des vins charpentés.
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Monthoux : Le plus confidentiel, caractérisé par une finesse et une élégance rares.
3. Profil gastronomique : Une complexité inattendue
La Roussette n’est pas un vin simple ; c’est un vin de caractère qui évolue magnifiquement avec le temps.
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À l’œil : Une robe jaune paille soutenue avec des reflets dorés.
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Au nez : Un bouquet complexe dominé par les fruits à chair blanche (poire, coing), les fleurs printanières, et surtout des notes caractéristiques de noisette, de miel et de pain d’épices après quelques années.
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En bouche : L’attaque est franche, mais le milieu de bouche se révèle gras et onctueux. La finale est marquée par une belle acidité minérale qui étire le vin et lui donne de la persistance.
4. Accords mets & vins : La table au sommet
La Roussette est un vin de gastronomie par excellence. Sa structure lui permet de rivaliser avec des plats riches et complexes.
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Poissons nobles : Elle est la compagne idéale d’une féra ou d’un omble chevalier du Lac Léman, servis avec une sauce au beurre blanc.
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Viandes blanches : Une poularde à la crème et aux morilles ou un ris de veau poêlé s’accordent parfaitement avec son gras naturel.
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Fromages de caractère : Si elle sublime un Beaufort d’été ou une Abondance affinée, elle surprendra sur un Comté de 24 mois.
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Cuisine Exotique : Sa puissance aromatique lui permet de soutenir des plats légèrement épicés ou une cuisine asiatique raffinée (sushis, curry de crevettes).
5. La Roussette aujourd’hui : Un vVin d’avenir
Grâce au travail de vignerons passionnés, la Roussette de Savoie a quitté son statut de vin local pour devenir une référence recherchée par les sommeliers.
Sa capacité à vieillir (parfois 10 ans et plus pour les grands crus) et sa typicité en font l’un des plus grands vins blancs de France.
Le mot de l’expert : Un héritage à redécouvrir
Chez Aventure Culinaire, nous aimons la Roussette car elle raconte une histoire : celle d’un cépage qui a survécu aux siècles pour nous offrir une élégance alpine sans pareille.
C’est un vin qui demande que l’on prenne le temps de l’écouter. Pour vos prochaines dégustations, privilégiez un service entre 10°C et 12°C pour laisser ses arômes s’épanouir pleinement.



