Dans le paysage fromager du Nord de la France, le Rollot occupe une place singulière.
Cousin picard du Maroilles, ce fromage à pâte molle et croûte lavée raconte à lui seul l’histoire d’un terroir de caractère.
Longtemps menacé de disparition, il connaît en 2026 une renaissance spectaculaire grâce à une poignée de producteurs passionnés.
Un peu d’histoire : Le favori du Roi Soleil
L’histoire du Rollot est intimement liée à une anecdote royale. Né au XVIIe siècle dans le village de Rollot (dans la Somme), il doit sa renommée à Louis XIV.
Lors d’un déplacement en Picardie, le Roi Soleil goûta ce fromage local chez un habitant nommé Bourgeois.
Séduit par son goût typé et sa texture onctueuse, il demanda qu’on lui en livre régulièrement à Versailles. Le Rollot gagna alors ses galons de fromage royal. Au XIXe siècle, sa production était florissante, comptant des centaines de producteurs fermiers, avant que les guerres mondiales et l’industrialisation ne fassent chuter drastiquement sa fabrication.
Identité et fabrication : Un caractère affirmé
Le Rollot se distingue par sa forme ronde (traditionnelle) ou en cœur (plus moderne), pesant environ 450 à 500 grammes.
-
Le lait : Il est exclusivement fabriqué à partir de lait de vache. En 2026, la tendance est au retour des races locales comme la Rouge Flamande, offrant un lait plus riche en protéines.
-
La croûte : Elle est dite lavée. Pendant l’affinage (qui dure de 3 à 6 semaines), le fromage est frotté manuellement avec de l’eau salée, parfois additionnée de rocou (un colorant naturel) pour lui donner sa couleur orangée caractéristique.
-
La pâte : Sous sa croûte humide se cache une pâte souple, onctueuse, de couleur crème, parsemée de petits trous (yeux).
Terroir actuel : Une renaissance régionale
Aujourd’hui, le Rollot bénéficie de l’appellation produit en Picardie. Bien qu’il n’ait pas encore obtenu d’AOP, les producteurs se battent pour un cahier des charges strict garantissant la transformation du lait cru sur le lieu de production.
On le trouve principalement dans le Santerre et la Thiérache. La production actuelle se divise entre quelques fermes artisanales et de petites laiteries qui préservent le savoir-faire du lavage manuel, garant d’un goût authentique qui ne masque pas la finesse du lait sous une force excessive.
Gastronomie : Conseils de dégustation
Le Rollot est un fromage de tempérament. Son odeur peut paraître forte (effluves de cave et de cuir), mais son goût est étonnamment doux avec des notes de noisette et de beurre frais.
Les accords parfaits :
-
Le pain : Privilégiez un pain de campagne bien alvéolé ou un pain aux noix pour souligner le gras du fromage.
-
Les boissons : Il s’accorde merveilleusement avec une bière ambrée de Picardie ou un cidre fermier bien sec. Pour les amateurs de vin, un blanc onctueux ou un rouge léger du Val de Loire fera l’affaire.
-
En cuisine : Sur votre table, testez-le en Flamiche au Rollot. Fondue sur une tarte aux poireaux, sa puissance aromatique sublime le légume.
Le geste technique : La coupe et le service
La présentation du Rollot est capitale :
-
Température : Sortez-le du réfrigérateur au moins 1 heure avant le service. Le cœur doit être souple au toucher.
-
La coupe : Comme il est souvent rond ou en cœur, coupez-le en parts égales depuis le centre vers l’extérieur (comme un gâteau) pour que chaque convive profite du contraste entre la croûte lavée et le cœur crémeux.
L’avis d’Aventure Culinaire
Le Rollot est l’expression brute du paysage picard.
C’est un fromage qui ne triche pas. Pour nos lecteurs, le redécouvrir aujourd’hui, c’est soutenir une agriculture de proximité qui refuse l’uniformisation du goût.
C’est une véritable aventure sensorielle qui commence dès l’ouverture de la cloche à fromage.



