Si la gastronomie française regorge d’anecdotes savoureuses, peu sont aussi exotiques et mémorables que celle liant le Shah de Perse au camembert.
Cette rencontre improbable entre un souverain d’Orient et le plus célèbre des fromages normands n’est pas seulement une légende de table ; elle est le symbole de l’influence culturelle de la France à la fin du XIXe siècle.
Plongez dans les coulisses de cette dégustation historique.
Le contexte : La folie des voyages officiels
Nous sommes en 1873. Nassereddine Shah, souverain de la dynastie Qadjar, entreprend son premier grand voyage en Europe. C’est un événement planétaire. Le Shah est le premier monarque perse à fouler le sol occidental.
Lorsqu’il arrive en France, il est reçu avec les honneurs les plus grandioses par le président Patrice de Mac Mahon.
Le Shah est fasciné par la modernité française, mais c’est lors d’un banquet officiel que son attention va se porter sur un objet non identifié trônant sur le plateau de fromages : une petite boîte ronde en bois contenant un fromage onctueux à la croûte fleurie.
La dégustation : Le choc des cultures
L’anecdote, rapportée par les chroniqueurs de l’époque, raconte que le Shah, peu habitué aux fromages affinés à pâte molle, aurait d’abord observé l’objet avec une méfiance royale.
En Perse, on consomme alors des fromages frais ou pressés, très différents des produits fermentés européens.
Lorsqu’il goûta enfin au camembert, ce fut une révélation. On raconte qu’il apprécia tant son caractère crémeux et sa puissance aromatique qu’il demanda immédiatement comment ce prodige était fabriqué.
Le contraste entre le protocole rigide de la cour et le plaisir presque enfantin du Shah face au fromage normand marqua les esprits.
L’impact historique : Le camembert devient « Royal »
Cette visite impériale coïncide avec l’essor du camembert de Normandie. À cette époque, grâce à l’invention de la boîte en bois de peuplier (par l’ingénieur Ridel en 1890, soit peu après ces premiers voyages), le camembert commence à voyager sans s’écraser.
La fascination du Shah pour les produits français a contribué à l’image de marque du Camembert à l’étranger.
À la cour de Téhéran, après son retour, le Shah restera un grand amateur de gastronomie française, important vins et spiritueux, mais gardant un souvenir ému de ce fromage coulant découvert à Paris.
Le terroir normand à la conquête du monde
À l’époque du Shah, le camembert n’est pas encore protégé par une AOC (elle n’arrivera qu’en 1983). C’est un produit artisanal, souvent fabriqué à la ferme.
L’intérêt d’un souverain étranger pour ce produit roturier a aidé à propulser le camembert au rang d’ambassadeur de la France.
On dit même que lors de ses voyages suivants (1878 et 1889), le Shah ne manquait jamais de réclamer son fromage favori dès son arrivée sur le sol français.
L’astuce d’Aventure Culinaire : La température du Shah
Notre conseil d’expert : Le Shah de Perse aurait apprécié le camembert pour son côté fondant. Pour retrouver cette texture royale, ne faites pas l’erreur de le servir froid.
Le secret : Sortez votre camembert du réfrigérateur au moins deux heures avant la dégustation. Mais pour aller plus loin et imiter le raffinement oriental, essayez le camembert rôti au miel et épices. Enfournez-le 15 minutes dans sa boîte avec un filet de miel et une pincée de cumin (clin d’œil à la Perse).
La douceur du miel et la chaleur des épices subliment le coulant du fromage, créant un pont parfait entre l’Orient et la Normandie.
Un héritage gourmand
Aujourd’hui, le camembert reste le fromage le plus consommé au monde, et l’histoire du Shah de Perse nous rappelle que la gastronomie est le plus court chemin entre deux civilisations.
Un simple morceau de fromage a suffi à lier, le temps d’un dîner, les jardins d’Ispahan aux bocages de Normandie.



