Si vous pensiez avoir fait le tour des vins jurassiens avec le Savagnin ou le Poulsard, laissez-nous vous présenter l’Enfariné.
Ce cépage, que l’on croyait condamné à l’oubli, fait un retour remarqué sur les tables des sommeliers les plus pointus.
L’histoire : Une survie miraculeuse
Son nom intrigue autant qu’il amuse. Il vient de la pellicule de pruine blanche (la poussière naturelle) qui recouvre ses baies sombres, donnant l’impression que la grappe a été généreusement saupoudrée de farine.
Historiquement, l’enfariné était très répandu dans le Jura avant la crise du Phylloxéra à la fin du XIXe siècle.
Très productif et rustique, il servait de base aux vins de consommation courante.
Cependant, lors de la mise en place des Appellations d’Origine Contrôlée (AOC) en 1936, il a été écarté des décrets officiels au profit de cépages plus « nobles ». Résultat : il a presque disparu, ne subsistant que dans de vieilles vignes complantées.
Le renouveau : Le combat des vignerons « nature »
Aujourd’hui, l’Enfariné connaît une seconde vie grâce à une poignée de vignerons passionnés (comme le domaine Overnoy ou le domaine des Cavarodes) qui ont choisi de replanter ce cépage hors-cadre.
-
Statut actuel : Il ne peut pas revendiquer l’appellation « Arbois » ou « Côtes du Jura ». Il est donc commercialisé sous l’étiquette « Vin de France ».
-
Culture : C’est un cépage tardif. Il demande de la patience car il mûrit bien après les autres, conservant une acidité tranchante même sous un soleil de plomb.
Profil technique & oenologique
L’Enfariné ne ressemble à aucun autre vin rouge français :
-
La robe : Souvent claire, rubis transparent, presque comme un rosé foncé ou un « jus de grenade ».
-
Le nez : Une explosion de petits fruits rouges acidulés (groseille, framboise sauvage) mêlée à des notes végétales nobles (feuille de tomate, fougère).
-
La bouche : C’est ici que la surprise est totale. L’Enfariné possède une acidité vibrante et un taux d’alcool généralement bas (autour de 10% à 11%). Il est « tendu », désaltérant, avec une finale minérale presque saline.
Analyse gastronomique : Les accords d’Aventure Culinaire
Ce vin est le compagnon idéal de ce que nous appelons la « cuisine de produit ». Son acidité permet de trancher à travers les textures grasses ou les saveurs puissantes :
-
Charcuterie de caractère : Un jambon fumé du Haut-Doubs (Saucisse de Morteau ou de Montbéliard) dont il viendra réveiller le gras.
-
Cuisine de terroir : Une terrine de campagne bien poivrée.
-
Accords audacieux : Essayez-le avec un poisson de rivière (truite) dont la chair délicate ne sera pas écrasée par des tanins trop lourds.
Le mot d’Aventure Culinaire
Déguster un Enfariné, c’est boire un morceau d’histoire liquide.
C’est un vin qui bouscule les codes : là où beaucoup cherchent la puissance et le bois, l’Enfariné offre la légèreté et la tension.
Pour nos lecteurs amateurs de vins « vivants » et d’authenticité, c’est la bouteille à déboucher pour surprendre vos convives lors d’un apéritif dînatoire.



