Le Beaujolais est probablement l’un des vignobles français dont le nom est le plus immédiatement associé à un vin particulier, le Beaujolais nouveau.

Chaque année, au mois de novembre, son arrivée donne lieu à une célébration devenue internationale. Pourtant, réduire le Beaujolais à ce seul vin reviendrait à ne regarder qu’une partie d’un vignoble beaucoup plus vaste et beaucoup plus divers.

Le Beaujolais désigne avant tout un vignoble, une région viticole et un ensemble de douze appellations d’origine contrôlée. Parmi elles figurent l’appellation Beaujolais, l’appellation Beaujolais-Villages et dix crus : Brouilly, Chénas, Chiroubles, Côte de Brouilly, Fleurie, Juliénas, Morgon, Moulin-à-Vent, Régnié et Saint-Amour.

Ces appellations ne correspondent pas simplement à des niveaux successifs de qualité. Elles désignent des territoires, des cahiers des charges, des traditions et des expressions différentes du vignoble. Comprendre les vins du Beaujolais demande donc de dépasser l’image du troisième jeudi de novembre.

Le Beaujolais nouveau appartient pleinement à l’histoire du vignoble, mais il n’en constitue qu’une des expressions.

À côté des vins nouveaux existent des Beaujolais et Beaujolais-Villages destinés à être dégustés plus longtemps après leur récolte, ainsi que dix crus communaux dont les personnalités sont façonnées par leurs sols, leurs reliefs, leurs expositions et les choix des vignerons.

Le Beaujolais est d’abord un vignoble

Le vignoble du Beaujolais s’étire sur environ 55 kilomètres du nord au sud, entre les portes de Lyon et le nord du Mâconnais. À l’ouest, il s’appuie sur les contreforts du Massif central ; à l’est, il regarde vers la vallée de la Saône.

Cette situation géographique explique déjà une partie de sa diversité. Le vignoble n’est pas constitué d’un seul terroir uniforme. Les sols et les paysages changent en progressant du sud vers le nord.

Dans le sud, les terrains sont souvent plus argileux et peuvent être calcaires, notamment dans le secteur des Pierres dorées. Plus au nord, les sols sont largement marqués par les granites, les sables issus de leur altération et différentes formations volcano-sédimentaires.

Les douze appellations du Beaujolais couvrent aujourd’hui près de 13 500 hectares de vignes revendiqués en moyenne sur cinq ans. Le gamay domine très largement les plantations destinées aux vins rouges et rosés, tandis que le chardonnay est utilisé pour les blancs.

Cette géographie permet de comprendre pourquoi deux bouteilles portant le nom Beaujolais peuvent présenter des profils très différents.

Douze appellations pour un même vignoble

Le système est finalement plus simple qu’il n’y paraît.

Le Beaujolais compte douze appellations :

Type Appellations
Appellation régionale Beaujolais
Appellation régionale Beaujolais-Villages
Cru Brouilly
Cru Chénas
Cru Chiroubles
Cru Côte de Brouilly
Cru Fleurie
Cru Juliénas
Cru Morgon
Cru Moulin-à-Vent
Cru Régnié
Cru Saint-Amour

Les deux premières appellations occupent principalement le sud du vignoble, même si leur répartition ne se limite pas à une simple séparation nord-sud. Les dix crus sont concentrés dans la partie septentrionale.

Ils correspondent à des appellations communales ou géographiquement beaucoup plus restreintes.

Il faut également comprendre que les mots « nouveau », « primeur », « Beaujolais », « Beaujolais-Villages » et « cru » ne désignent pas tous la même chose.

« Beaujolais » et « Beaujolais-Villages » sont des appellations.

« Nouveau » ou « primeur » désignent une catégorie de vin commercialisée rapidement après la récolte, dans le respect des règles de l’appellation.

Les dix crus correspondent quant à eux à dix appellations géographiques particulières.

Beaujolais nouveau : Un style de vin, pas une appellation supplémentaire

C’est probablement la première distinction à retenir.

Le Beaujolais nouveau n’est pas la treizième appellation du vignoble. Il s’agit d’un vin commercialisé sous les appellations Beaujolais ou Beaujolais-Villages avec la mention « nouveau » ou « primeur », conformément aux règles qui encadrent cette production.

Le Beaujolais nouveau est donc une manière particulière de produire, de commercialiser et de déguster le vin du millésime.

Son histoire moderne commence au XXe siècle. La première commercialisation des Beaujolais Nouveaux remonte à 1951. En 1985, la date du troisième jeudi de novembre a été fixée pour leur mise à la consommation, donnant à cette journée son caractère désormais traditionnel.

Cette histoire commerciale a profondément marqué l’image internationale du vignoble.

Mais elle ne doit pas faire oublier que l’appellation Beaujolais existait déjà officiellement depuis 1937 et que plusieurs crus avaient été reconnus dès 1936.

Le Beaujolais nouveau n’est donc pas « tout le Beaujolais »

Le succès du Beaujolais nouveau a créé une association particulièrement forte entre le nom du vignoble et ce vin de jeunesse.

Pourtant, le même vignoble produit aussi des vins qui ne sont pas destinés à être bus dans les semaines suivant la récolte.

Un Beaujolais peut être élaboré pour être dégusté jeune, mais certaines cuvées peuvent également présenter davantage de matière et évoluer avec quelques années de bouteille.

Il en va de même pour les Beaujolais-Villages, qui peuvent être appréciés dans leur jeunesse mais également après quelques années de bouteille selon les cuvées et les millésimes.

Il n’existe donc pas une opposition entre « Beaujolais nouveau » et « vrais vins du Beaujolais ». Le premier appartient pleinement au vignoble au même titre que les autres. Il correspond simplement à une expression particulière, liée à la jeunesse du vin et à une commercialisation très précoce.

Le Beaujolais : L’appellation régionale

L’appellation Beaujolais est la plus vaste des appellations du vignoble. Sa zone de production couvre une grande partie du territoire beaujolais, avec une présence particulièrement importante dans le sud.

Elle produit principalement des vins rouges, mais également des rosés et des blancs. Pour les rouges, le gamay domine, tandis que le chardonnay intervient dans les vins blancs.

Les Beaujolais rouges sont généralement associés à des vins fruités, frais et faciles à apprécier, mais cette description ne doit pas devenir une caricature. Le style dépend du terroir, du millésime, de la maturité des raisins, des choix de vinification et d’élevage.

Le même mot « Beaujolais » peut donc recouvrir des vins destinés à une consommation rapide comme des cuvées plus ambitieuses et capables d’évoluer en bouteille.

C’est précisément cette diversité qui mérite d’être redécouverte.

Beaujolais-Villages : Un territoire plus resserré

L’appellation Beaujolais-Villages occupe une position intermédiaire dans la géographie du vignoble. Elle concerne 38 villages situés principalement dans la partie septentrionale du Beaujolais et entoure les dix crus.

Les vignes se trouvent souvent sur des coteaux, entre environ 200 et 500 mètres d’altitude, avec une forte présence de sols granitiques, de sables et de formations volcano-sédimentaires.

Les vins rouges constituent l’essentiel de la production, mais l’appellation existe également en blanc et en rosé.

Le terme « Villages » possède d’ailleurs une histoire particulière : le Beaujolais a été le premier vignoble à employer officiellement cette dénomination pour distinguer une partie géographique plus restreinte de son appellation régionale. L’appellation Beaujolais-Villages a été reconnue en 1950.

Dans l’ensemble, les Beaujolais-Villages peuvent présenter davantage de relief que les cuvées les plus simples de l’appellation Beaujolais, mais là encore, il serait réducteur de transformer cette observation en classement systématique.

Que signifie exactement « cru » en Beaujolais ?

Les dix crus du Beaujolais constituent dix appellations distinctes.

Le terme « cru » peut parfois être mal compris. Il ne signifie pas automatiquement qu’une bouteille sera supérieure à toutes les autres bouteilles du vignoble.

Il désigne ici une appellation géographique correspondant à un territoire précisément défini, dont le nom figure directement sur l’étiquette.

Les dix crus sont tous des vins rouges et sont situés dans la partie nord du vignoble. Ils suivent globalement l’axe du vignoble beaujolais, de Brouilly et Côte de Brouilly au sud jusqu’à Saint-Amour au nord.

Chaque cru possède son histoire, sa géologie, ses expositions, ses altitudes et ses habitudes de culture et de vinification.

C’est cette notion de terroir qui constitue la clé pour comprendre leur diversité.

Brouilly : Le plus méridional et le plus étendu des crus

Brouilly est le plus méridional des dix crus et également le plus étendu.

Le vignoble s’étend autour du Mont Brouilly, relief emblématique du Beaujolais. Son terroir présente une diversité géologique importante, avec notamment du granite rose et des pierres bleues.

Les vins de Brouilly sont généralement recherchés pour leur fruité, leur rondeur et leur souplesse. Les fruits rouges, notamment la fraise et la framboise, occupent une place importante dans leur expression aromatique.

Brouilly est donc souvent une porte d’entrée intéressante vers les crus pour les amateurs qui souhaitent découvrir autre chose que les appellations régionales sans commencer nécessairement par les vins les plus structurés.

Côte de Brouilly : La pente du Mont Brouilly

La Côte de Brouilly ne doit pas être confondue avec Brouilly.

Les deux appellations sont intimement liées au Mont Brouilly, mais elles correspondent à des secteurs différents. La Côte de Brouilly se situe sur les pentes du volcan ancien qui domine le paysage.

Son relief et ses sols participent à une expression généralement plus structurée du gamay.

Cette proximité géographique constitue d’ailleurs une excellente illustration de la manière dont quelques kilomètres, une exposition différente ou une altitude différente peuvent modifier l’expression d’un même cépage.

Brouilly et Côte de Brouilly sont ainsi deux appellations voisines mais distinctes.

Régnié : Le plus jeune des dix crus

Régnié occupe une place particulière dans l’histoire des crus du Beaujolais.

L’appellation a été reconnue en 1988, ce qui en fait la dernière des dix appellations de crus à avoir obtenu cette reconnaissance.

Elle se situe entre Brouilly et Morgon et repose notamment sur des sols granitiques et des formations issues de leur altération.

Les vins de Régnié sont généralement appréciés pour leur fruité, leur fraîcheur et leur caractère gourmand.

Son histoire rappelle surtout que la construction du vignoble beaujolais n’est pas figée depuis plusieurs siècles : les appellations ont continué à se structurer et à évoluer au XXe siècle.

Morgon : Un cru de caractère

Morgon est l’un des crus les plus connus du Beaujolais.

Son terroir est notamment marqué par les fameuses « terres de Morgon », issues de roches altérées, ainsi que par des sols granitiques et schisteux selon les secteurs.

Le Morgon est généralement associé à des vins plus charpentés et plus profonds que les expressions les plus légères du gamay.

Il possède également une réputation particulière pour son aptitude à évoluer en bouteille.

Cette capacité d’évolution est importante pour comprendre la diversité du Beaujolais : le gamay n’est donc pas uniquement le cépage des vins à boire immédiatement après les vendanges.

Un Morgon bien choisi peut présenter, avec le temps, une palette aromatique plus complexe et une texture différente de celle de sa jeunesse.

Chiroubles : Le cru des hauteurs

Chiroubles est situé dans une zone plus élevée du vignoble, au-dessus de la vallée.

Son altitude et ses coteaux contribuent fortement à son identité. L’appellation se trouve sur la commune de Chiroubles et est orientée vers l’est, en direction de la Saône.

Les vins de Chiroubles sont souvent associés à une expression fraîche, florale et élégante du gamay.

Le relief joue ici un rôle particulièrement visible : la viticulture sur les coteaux contribue à façonner un paysage qui fait partie intégrante de l’identité du cru.

Chiroubles est également l’un des crus reconnus dès 1936.

Fleurie : Le cru floral

Fleurie est probablement l’un des noms les plus évocateurs du Beaujolais.

Son nom semble naturellement suggérer les arômes floraux que l’on associe traditionnellement à ses vins. Le cru est notamment réputé pour ses expressions parfumées, élégantes et délicates.

Le gamay peut y développer des notes de fleurs, de fruits rouges et de fruits plus mûrs selon les terroirs et les millésimes.

Fleurie fait partie des cinq premières appellations de crus reconnues en 1936, aux côtés de Chénas, Chiroubles, Morgon et Moulin-à-Vent.

Le cru constitue ainsi une autre manière d’aborder le gamay : non plus seulement par son fruité immédiat, mais également par sa dimension florale et sa finesse.

Moulin-à-Vent : Le grand classique des vins de garde

Moulin-à-Vent possède une identité très particulière.

Contrairement à la plupart des crus du Beaujolais, son nom ne correspond pas directement à celui d’une commune. L’appellation concerne les communes de Romanèche-Thorins et de Chénas et tire son nom du moulin historique qui domine le vignoble.

Le terroir est fortement marqué par le granite et comprend également des formations de piémont ainsi que quelques secteurs calcaires, marneux et gréseux.

Les vins sont généralement structurés, complexes et aptes à évoluer en bouteille. Dans leur jeunesse, ils peuvent exprimer la violette et la cerise ; avec l’âge apparaissent des notes plus évoluées de fleurs fanées, d’épices, de fruits mûrs, de sous-bois ou de truffe.

L’histoire de l’appellation est également ancienne : elle a obtenu une appellation d’origine en 1924 avant de devenir une AOC en 1936.

Moulin-à-Vent est donc l’une des meilleures illustrations de la capacité du Beaujolais à produire des vins de garde.

Chénas : Le plus petit des crus

Chénas est le plus petit des crus du Beaujolais par sa superficie.

L’appellation se trouve à cheval sur les communes de Chénas et de La Chapelle-de-Guinchay. Les sols sont notamment constitués de granite et de terrains de piémont.

Les vins de Chénas sont souvent décrits comme généreux, charpentés et soyeux, avec des expressions de petits fruits noirs, de pivoine et d’épices.

Sa faible superficie contribue à sa relative rareté.

Chénas fait partie des cinq crus reconnus dès 1936, ce qui témoigne de l’ancienneté de son identité viticole.

Juliénas : Un cru entre Rhône et Saône-et-Loire

Juliénas possède une particularité géographique intéressante : son aire d’appellation se trouve à cheval sur les départements du Rhône et de Saône-et-Loire.

Elle concerne notamment Juliénas, Jullié et Émeringes dans le Rhône ainsi que Pruzilly en Saône-et-Loire. Le vignoble est orienté vers le sud et regarde vers la vallée de la Mauvaise, affluent de la Saône.

Les vins de Juliénas sont traditionnellement associés à une expression fruitée, florale et épicée du gamay, avec une structure qui peut varier considérablement selon les terroirs et les vinifications.

L’appellation Juliénas appartient aux crus reconnus en 1938, avec Brouilly et Côte de Brouilly.

Saint-Amour : Le cru le plus septentrional

Saint-Amour est le plus septentrional des dix crus du Beaujolais.

L’appellation se trouve sur la commune de Saint-Amour-Bellevue, en Saône-et-Loire, à proximité du Mâconnais.

Son terroir présente une certaine diversité avec du granite, du schiste, de l’argile, des pierres bleues et des formations calcaires ou marneuses.

Cette diversité se traduit par plusieurs expressions possibles du cru. Certaines cuvées sont légères, florales et gourmandes, avec des notes de violette, d’iris et de framboise ; d’autres peuvent être plus puissantes et complexes, avec des notes de kirsch et d’épices.

Saint-Amour a obtenu son appellation en 1946, après les premières reconnaissances des crus de 1936 et 1938.

Les dix crus du Beaujolais en un coup d’œil

Cru Principale identité Profil généralement recherché
Brouilly Autour du Mont Brouilly Fruité, rond, souple
Côte de Brouilly Coteaux du Mont Brouilly Plus structuré, minéral et élégant
Régnié Cru reconnu en 1988 Fruité, frais, gourmand
Morgon Terroirs complexes et « terres de Morgon » Structuré, profond, évolutif
Chiroubles Vignoble d’altitude Floral, frais, élégant
Fleurie Grande expression florale Parfumé, fin, délicat
Moulin-à-Vent Granite et terroirs de garde Structuré, complexe, puissant
Chénas Plus petit cru Généreux, charpenté, soyeux
Juliénas Terroir entre Rhône et Saône-et-Loire Fruité, épicé, structuré
Saint-Amour Extrême nord du Beaujolais Floral, fruité, tendre à puissant selon les terroirs

Cette présentation reste volontairement indicative : aucun cru ne produit un vin unique et immuable. Les différences entre domaines, parcelles, millésimes, pratiques viticoles, vinifications et élevages peuvent être considérables.

Pourquoi le gamay est-il si important dans le Beaujolais ?

Lorsqu’on parle du Beaujolais rouge, on parle avant tout du gamay noir à jus blanc.

Ce cépage constitue l’identité historique du vignoble et domine très largement les plantations. Le chardonnay intervient quant à lui dans les vins blancs.

Le gamay possède une capacité particulière à traduire les différences de terroir.

Selon le sol, l’exposition, l’altitude, le rendement, la maturité des raisins, la vinification et l’élevage, il peut donner des vins très fruités et immédiats comme des vins plus floraux, structurés, épicés ou aptes à la garde.

C’est précisément cette plasticité qui permet aux douze appellations du Beaujolais de présenter autant de personnalités différentes autour d’un cépage largement commun.

Le rôle des vinifications beaujolaises

La réputation du Beaujolais est également liée à certaines méthodes de vinification.

La macération carbonique, ou plus exactement les différentes formes de vinification en atmosphère carbonique utilisées dans le Beaujolais, ont contribué à développer le profil aromatique très fruité associé aux vins nouveaux et à certaines cuvées du vignoble.

Il serait toutefois faux de considérer que tous les Beaujolais sont élaborés exactement de la même manière.

Les pratiques de vinification varient selon les domaines, les appellations, les objectifs du vigneron et le style recherché.

Certaines cuvées privilégient le fruit et la fraîcheur. D’autres cherchent davantage la structure, la profondeur, la texture ou la capacité de vieillissement.

Le Beaujolais ne se résume donc pas à une seule technique de vinification.

Pourquoi le Beaujolais nouveau est-il si fruité ?

Le Beaujolais nouveau est conçu pour être apprécié très rapidement après la récolte.

La recherche d’un vin accessible dans sa jeunesse, marqué par le fruit et la fraîcheur, correspond à son histoire et à sa vocation.

Les arômes de fruits rouges et noirs, la fraîcheur et le caractère gourmand font partie des caractéristiques fréquemment associées à ces vins.

Mais là encore, il faut éviter de confondre jeunesse et absence de savoir-faire.

Produire un vin destiné à être commercialisé très rapidement impose au contraire une parfaite maîtrise de la vendange, de la vinification, de la stabilité du vin et de sa mise en marché.

Le Beaujolais nouveau possède donc sa propre logique gastronomique et commerciale.

Le troisième jeudi de novembre : Une tradition devenue mondiale

La sortie du Beaujolais nouveau est aujourd’hui l’un des rendez-vous les plus connus du calendrier viticole français.

Cette tradition n’est pourtant pas ancienne de plusieurs siècles. Sa forme moderne s’est construite progressivement au XXe siècle.

La première commercialisation des Beaujolais Nouveaux remonte à 1951. En 1985, la date du troisième jeudi de novembre a été fixée pour leur mise à la consommation.

Cette date a transformé un événement viticole régional en rendez-vous médiatique et commercial international.

Elle a aussi profondément contribué à faire connaître le nom « Beaujolais » dans le monde.

Le paradoxe est que cette immense notoriété a parfois donné l’impression que le Beaujolais était essentiellement un vin nouveau, alors que le vignoble possède une histoire beaucoup plus ancienne et une gamme beaucoup plus large.

Le Beaujolais et Lyon : Une histoire gastronomique étroitement liée

La proximité de Lyon a joué un rôle essentiel dans l’histoire économique et gastronomique du vignoble.

Le Beaujolais a longtemps approvisionné les établissements lyonnais. Le vin servi en pot est devenu une image emblématique des tables et des bouchons de Lyon.

Cette relation entre vignoble et ville explique en partie pourquoi le Beaujolais est si naturellement associé à la cuisine lyonnaise.

Le caractère fruité et la fraîcheur de nombreux Beaujolais permettent de les associer à une grande variété de préparations : charcuteries, cochonnailles, volailles, saucissons, pâtés, quenelles, plats mijotés, cuisine de bistrot ou encore fromages.

Les crus plus structurés peuvent accompagner des plats plus puissants, notamment les viandes rôties, certaines préparations de gibier, les volailles cuisinées en sauce ou les plats mijotés.

Quel Beaujolais avec quelle cuisine ?

Il n’existe pas une seule règle d’accord entre les différents vins du vignoble.

Un Beaujolais nouveau peut être intéressant avec une cuisine simple, conviviale et automnale, charcuteries, terrines, cochonnailles, volailles rôties, tartes salées ou certains plats lyonnais.

Un Beaujolais rouge plus structuré peut accompagner des viandes grillées ou rôties, des volailles et des plats mijotés.

Un Beaujolais-Villages offre une palette suffisamment large pour accompagner aussi bien une cuisine quotidienne qu’un repas plus élaboré.

Les crus permettent ensuite d’aller vers des accords plus précis.

Un Brouilly souple et fruité peut accompagner une charcuterie ou une volaille.

Un Fleurie floral peut trouver sa place avec une cuisine délicate, des volailles ou certains fromages.

Un Morgon ou un Moulin-à-Vent plus structuré pourra davantage accompagner une viande rouge, un plat mijoté ou une cuisine de caractère.

Un Saint-Amour peut fonctionner avec des volailles, des plats légèrement épicés ou des préparations à base de fruits rouges lorsqu’il est choisi dans un style approprié.

Ces accords ne constituent pas des règles absolues. Le millésime, le producteur, la température de service et le style de la cuvée peuvent modifier considérablement le résultat.

Et les Beaujolais blancs ?

Le Beaujolais est souvent perçu exclusivement comme un vignoble de vins rouges.

Pourtant, les appellations Beaujolais et Beaujolais-Villages existent également en blanc.

Le chardonnay est le cépage principal utilisé pour ces vins. Les parcelles destinées aux blancs sont notamment présentes dans le nord du vignoble et dans certaines communes du sud.

Ces vins représentent une part beaucoup plus modeste de la production que les rouges, mais ils participent pleinement à la diversité du vignoble.

Cette présence rappelle une nouvelle fois qu’un nom viticole ne correspond pas nécessairement à un seul type de vin.

Et les Beaujolais rosés ?

Les Beaujolais et Beaujolais-Villages existent également en rosé.

Ils restent minoritaires par rapport aux rouges, mais ils offrent une autre lecture du gamay.

Le rosé permet notamment de mettre en avant la fraîcheur et le fruit du cépage dans un style particulièrement adapté à l’apéritif et à une cuisine estivale.

Les vins nouveaux peuvent également être présentés en rosé lorsque les conditions du cahier des charges sont respectées.

Peut-on garder un Beaujolais ?

Oui, mais il faut oublier l’idée selon laquelle tous les Beaujolais seraient destinés à être bus immédiatement.

La capacité de garde dépend fortement du vin.

Un Beaujolais nouveau est conçu pour être apprécié jeune.

Certaines cuvées de Beaujolais et de Beaujolais-Villages peuvent évoluer favorablement pendant plusieurs années.

Parmi les crus, les différences sont encore plus importantes. Moulin-à-Vent et Morgon possèdent notamment une réputation ancienne pour leur capacité à évoluer en bouteille, mais d’autres crus peuvent également présenter une belle évolution selon le domaine et le millésime.

La garde n’est donc pas une propriété automatique de l’appellation : elle dépend de la matière du vin, de son équilibre, du millésime, de la vinification, de l’élevage et des conditions de conservation.

Pourquoi deux bouteilles du même cru peuvent-elles être différentes ?

C’est une question essentielle pour comprendre la notion de terroir.

Une appellation délimite une aire géographique et impose un ensemble de règles de production. Elle ne transforme pas pour autant tous les vins en produits identiques.

À l’intérieur d’un même cru peuvent exister de nombreuses parcelles présentant des sols, des pentes, des expositions et des altitudes différents.

À cela s’ajoutent les décisions du vigneron : date de vendange, rendement, éraflage ou non, durée de macération, température de fermentation, élevage, utilisation éventuelle du bois et durée avant mise en bouteille.

Deux bouteilles portant la même appellation peuvent donc présenter des différences sensibles.

C’est justement ce qui rend la dégustation des crus intéressante.

L’importance des lieux-dits

À l’intérieur des appellations beaujolaises, les lieux-dits permettent d’aller encore plus loin dans la compréhension du terroir.

Le travail de caractérisation des sols réalisé dans le vignoble a permis de mieux identifier les différentes formations géologiques et pédologiques.

Le vignoble dispose ainsi d’une connaissance de plus en plus précise de ses sols, ce qui permet aux vignerons de mieux comprendre les différences entre les parcelles.

Lorsqu’une bouteille porte le nom d’un lieu-dit, celui-ci peut apporter une indication géographique encore plus précise que la seule appellation, dans les conditions prévues par le cahier des charges.

Pour l’amateur, ces mentions permettent progressivement de passer d’une découverte des appellations à une découverte beaucoup plus fine des terroirs.

Les dates essentielles pour comprendre les appellations du Beaujolais

Année Événement
1936 Reconnaissance de Chiroubles, Chénas, Fleurie, Morgon et Moulin-à-Vent
1937 Reconnaissance de l’AOC Beaujolais
1938 Reconnaissance de Brouilly, Côte de Brouilly et Juliénas
1946 Reconnaissance de Saint-Amour
1950 Reconnaissance de Beaujolais-Villages
1951 Première commercialisation des Beaujolais Nouveaux
1985 Fixation du troisième jeudi de novembre pour la mise à la consommation du Beaujolais nouveau
1988 Reconnaissance de Régnié

Cette chronologie montre que les appellations du Beaujolais se sont constituées progressivement, et non en une seule fois.

Comment retenir les dix crus du Beaujolais ?

Pour mémoriser les dix crus, il est possible de les parcourir du sud vers le nord :

Brouilly → Côte de Brouilly → Régnié → Morgon → Chiroubles → Fleurie → Moulin-à-Vent → Chénas → Juliénas → Saint-Amour

Une autre méthode consiste à les retenir par ordre alphabétique :

Brouilly, Chénas, Chiroubles, Côte de Brouilly, Fleurie, Juliénas, Morgon, Moulin-à-Vent, Régnié, Saint-Amour.

Le premier ordre est particulièrement intéressant pour comprendre la géographie du vignoble. Les dix crus suivent globalement l’axe nord-sud du Beaujolais, le long du relief situé entre les monts du Beaujolais et la vallée de la Saône.

Les dix crus ne constituent pas un classement du meilleur au moins bon

Cette précision mérite d’être répétée.

Il serait faux de présenter les appellations comme une échelle allant du Beaujolais nouveau, considéré comme le plus simple, jusqu’à un hypothétique « meilleur » cru.

Le système des appellations françaises ne fonctionne pas ainsi.

Un cru correspond à une aire géographique déterminée et à un cahier des charges spécifique. Cela ne signifie pas que chaque bouteille d’un cru donné sera nécessairement meilleure qu’une excellente bouteille de Beaujolais ou de Beaujolais-Villages.

Un vigneron peut produire une remarquable cuvée régionale tandis qu’un vin d’un cru prestigieux peut être moins réussi.

Le terroir compte, mais le millésime, le travail à la vigne, la vinification, l’élevage et le choix du producteur comptent également.

Comment choisir un Beaujolais ?

Le meilleur point de départ consiste à se demander quel type de vin est recherché.

Pour un vin très jeune, fruité et convivial, le Beaujolais nouveau répond à une logique précise.

Pour un vin de table fruité mais qui n’est pas nécessairement nouveau, l’appellation Beaujolais offre de nombreuses possibilités.

Pour aller vers davantage de relief tout en restant dans une appellation régionale, le Beaujolais-Villages constitue une autre piste.

Pour découvrir les différences de terroirs, les dix crus offrent ensuite un extraordinaire terrain d’exploration.

On peut commencer par Brouilly ou Régnié pour leur fruité, poursuivre avec Fleurie pour sa dimension florale, goûter Morgon pour sa structure et terminer par Moulin-à-Vent pour découvrir une expression plus profonde et plus apte à la garde.

Ce parcours n’est évidemment pas un classement. Il s’agit simplement d’une manière progressive de comprendre les différents visages du gamay.

Comment déguster plusieurs crus du Beaujolais ?

La meilleure façon de comprendre les dix crus consiste finalement à les comparer.

Une dégustation à l’aveugle n’est même pas indispensable pour commencer.

Il suffit de réunir plusieurs bouteilles issues de millésimes proches et de servir les vins dans des conditions comparables.

Une première dégustation peut opposer un Beaujolais, un Beaujolais-Villages, un Brouilly, un Fleurie, un Morgon et un Moulin-à-Vent.

Il devient alors possible d’observer progressivement les différences de couleur, d’intensité aromatique, de fruité, de fraîcheur, de tanins, de longueur et de structure.

La dégustation gagne encore en intérêt lorsque les bouteilles sont issues de producteurs différents.

On découvre alors deux niveaux de diversité : celle des appellations et celle des interprétations d’un même terroir par les vignerons.

Quelle température pour servir les Beaujolais ?

La température de service doit être adaptée au style du vin.

Un Beaujolais nouveau fruité appréciera généralement une température légèrement fraîche.

Un Beaujolais ou un Beaujolais-Villages plus structuré pourra être servi un peu moins frais.

Les crus les plus puissants et les plus complexes, notamment lorsqu’ils ont vieilli, gagneront généralement à être servis à une température permettant aux arômes de s’exprimer pleinement sans accentuer l’alcool.

Servir tous les Beaujolais à la même température serait donc aussi réducteur que de les considérer comme un seul et même vin.

Le Beaujolais, un vignoble entre fruit et terroir

L’image du Beaujolais nouveau a contribué à faire connaître mondialement le vignoble.

Elle a popularisé le gamay, créé un rendez-vous annuel autour du vin et installé le nom du Beaujolais dans l’imaginaire collectif.

Mais derrière cette fête du troisième jeudi de novembre se trouve un vignoble beaucoup plus complexe.

Les appellations Beaujolais et Beaujolais-Villages représentent deux territoires vastes, qui produisent des rouges, des rosés et des blancs.

Les dix crus concentrent quant à eux une partie remarquable de la diversité septentrionale du vignoble : Brouilly, Côte de Brouilly, Régnié, Morgon, Chiroubles, Fleurie, Moulin-à-Vent, Chénas, Juliénas et Saint-Amour.

Leur diversité repose sur les sols, les coteaux, les altitudes, les expositions, les climats locaux, les pratiques viticoles et les choix de vinification.

Du Beaujolais nouveau aux dix crus : une seule famille, de multiples expressions

Comprendre les vins du Beaujolais revient finalement à changer de perspective.

Le Beaujolais nouveau n’est pas le Beaujolais tout entier : c’est une expression particulière d’un vignoble beaucoup plus vaste.

Le Beaujolais n’est pas seulement un vin rouge : les appellations régionales existent également en blanc et en rosé.

Le gamay n’est pas uniquement un cépage de vin primeur, dans les crus, il peut donner des vins floraux, structurés, complexes et capables de vieillir.

Et les dix crus ne constituent pas un simple classement, ils sont dix territoires qui permettent de comprendre à quel point un même cépage peut changer d’expression lorsqu’il rencontre des sols, des reliefs et des microclimats différents.

C’est probablement là que réside toute la richesse du Beaujolais.

Derrière le troisième jeudi de novembre se cache un vignoble qui commence bien avant le Beaujolais nouveau et qui continue bien après lui. De l’appellation régionale aux dix crus, le Beaujolais raconte une histoire de terroirs, de villages, de vignerons et de gastronomie.

Le Beaujolais nouveau est une porte d’entrée dans le vignoble. Les douze appellations permettent d’en découvrir toute la profondeur.

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