Bien avant les applications de livraison, les scooters et les plateformes numériques, il existait déjà des hommes et des femmes chargés d’apporter de la nourriture jusque dans les maisons. Dans les villes comme dans les campagnes, le repas pouvait arriver à domicile par l’intermédiaire d’un commerçant, d’un domestique, d’un commissionnaire, d’un garçon de restaurant ou d’un membre de la famille.

Cette livraison ne ressemblait pourtant pas à celle que nous connaissons aujourd’hui. Elle reposait sur les relations de voisinage, les commerces de proximité, les habitudes domestiques et les métiers de bouche. On faisait porter une soupe, commander un plat chez un traiteur, apporter un panier de provisions ou transporter le déjeuner d’un ouvrier jusque sur son lieu de travail.

Pendant des siècles, apporter un repas ne constituait pas nécessairement une profession à part entière. C’était souvent une activité associée à un autre métier, un service rendu ou une tâche confiée à une personne de la maison.

L’histoire de ces pratiques raconte ainsi une autre manière de se nourrir, une époque où la livraison était avant tout une affaire de proximité, de confiance et de relations humaines.

Avant les livreurs, les repas circulaient déjà entre les maisons et les commerces

Pendant longtemps, la majorité des repas étaient préparés dans les foyers. La cuisine domestique occupait une place centrale dans l’organisation quotidienne, et les familles s’approvisionnaient auprès des marchés, des boutiques et des artisans de leur quartier.

Pour autant, tout le monde ne cuisinait pas systématiquement à domicile. Dans les villes, les personnes aisées disposaient parfois de domestiques chargés de faire les courses, de récupérer des préparations chez les commerçants et de rapporter les plats commandés.

Les maisons bourgeoises et aristocratiques entretenaient ainsi des relations régulières avec les fournisseurs de bouche, bouchers, boulangers, pâtissiers, marchands de vin, épiciers et traiteurs.

Le domestique pouvait se rendre chez plusieurs commerçants au cours d’une même tournée. Il rapportait les produits au domicile, où les cuisiniers ou les maîtres de maison organisaient ensuite le repas.

Dans ces foyers, la circulation de la nourriture entre les commerces et les habitations faisait partie du fonctionnement ordinaire de la maison. Il ne s’agissait pas encore d’un service universel de livraison, mais d’une organisation domestique reposant sur une main-d’œuvre disponible.

Dans les quartiers populaires, le fonctionnement était différent. Les habitants se fournissaient plus souvent directement auprès des commerces de proximité et des marchands ambulants. Les ressources financières ne permettaient pas toujours de faire appel à un intermédiaire rémunéré.

Les porteurs de nourriture existaient donc sous différentes formes, mais leur présence dépendait largement du niveau de vie, de l’organisation familiale et de la densité commerciale du quartier.

Quand les traiteurs livraient déjà les dîners des élites

Le métier de traiteur occupe une place particulière dans cette histoire. Bien avant l’apparition des services modernes de livraison, ces professionnels préparaient des plats destinés à être consommés ailleurs que dans leur établissement.

Leur activité ne se limitait pas à la vente de nourriture à emporter. Ils pouvaient fournir des repas pour les particuliers, les réceptions, les cérémonies et les grandes occasions.

À partir du XVIIIe siècle, les traiteurs prennent une place importante dans la vie gastronomique des villes françaises, notamment à Paris. Ils proposent des préparations cuisinées, des viandes accommodées, des pâtés, des tourtes, des entrées et des plats destinés aux tables privées.

Leur clientèle comprend notamment des familles qui souhaitent recevoir sans mobiliser leur propre cuisine, des personnes disposant de moyens financiers suffisants pour déléguer la préparation des repas et des organisateurs de réceptions.

La nourriture peut alors être transportée dans des récipients, des paniers ou des contenants adaptés aux préparations. Les plats sont ensuite dressés ou réchauffés au domicile.

Il faut toutefois distinguer deux pratiques, commander un repas à un traiteur et se faire livrer systématiquement ses repas. La première est ancienne et bien établie ; la seconde ne constitue pas encore un service organisé pour l’ensemble de la population.

Potel et Chabot : Les grandes tables parisiennes livrées à domicile

Un exemple particulièrement révélateur apparaît au XIXe siècle avec la maison Potel et Chabot, fondée à Paris par le pâtissier Jean-François Potel et le cuisinier Étienne Chabot.

Dans son Grand Dictionnaire de cuisine, publié en 1873, Alexandre Dumas consacre un passage à cette entreprise et décrit précisément ses prestations destinées aux particuliers.

La maison ne se contente pas de préparer des plats pour les grandes réceptions. Elle propose également d’organiser des dîners directement au domicile de ses clients. Pour une réception de vingt-cinq ou trente personnes, elle peut faire parvenir non seulement les préparations culinaires, mais aussi tout le matériel nécessaire, linge de table, porcelaine, verrerie, argenterie, luminaires et fleurs.

L’organisation est particulièrement élaborée. Les équipements sont expédiés dans des caisses spécialement aménagées, tandis que les cuisines de l’établissement sont réparties entre plusieurs chefs responsables de leurs spécialités.

Plus étonnant encore, Potel et Chabot peut envoyer un dîner complet ou seulement certaines parties du repas. Lorsque les préparations nécessitent une dernière intervention en cuisine, une notice explique au destinataire comment les terminer.

Nous sommes déjà loin du simple plat acheté chez un commerçant et rapporté dans un panier. Cette organisation témoigne de l’existence, dès le XIXe siècle, d’une véritable restauration à domicile destinée à une clientèle aisée, avec préparation, transport et parfois installation complète de la table.

Le repas livré devient ainsi une prestation gastronomique à part entière, bien avant l’apparition des services contemporains.

Du restaurant à la maison : Les premiers repas transportés

Au XIXe siècle, le développement des restaurants, des cafés et des établissements de restauration transforme progressivement les habitudes alimentaires urbaines.

Le repas pris à l’extérieur devient une pratique plus visible, particulièrement dans les grandes villes. Mais certains clients souhaitent encore manger chez eux, sans nécessairement préparer eux-mêmes leur nourriture.

Les restaurants et les traiteurs peuvent répondre à cette demande par des commandes particulières. Des employés sont alors susceptibles d’être chargés de transporter les préparations jusqu’à l’adresse indiquée.

Le garçon de restaurant, le commissionnaire ou le domestique peuvent assurer cette mission. Il ne faut cependant pas imaginer que tous les établissements possèdent un service permanent de livraison, les modalités varient selon leur clientèle, leur taille et leurs moyens.

Dans les quartiers commerçants, les établissements connaissent leurs habitués. Une commande peut être passée directement au comptoir, par l’intermédiaire d’un domestique ou à l’occasion d’une visite chez le commerçant.

Le transport doit alors tenir compte de la nature des préparations. Une soupe, une sauce ou un bouillon ne se déplacent pas comme une pièce de viande froide ou une tourte.

Les récipients fermés, les pots, les bouteilles, les paniers et les boîtes permettent de transporter les aliments. Les plats les plus fragiles nécessitent davantage de précautions, notamment lorsqu’ils doivent rester présentables à l’arrivée.

Cette livraison demeure essentiellement locale. La distance entre la cuisine et le domicile est importante, car les moyens de conservation et de maintien en température restent limités.

Les commissionnaires, ces coursiers avant l’heure

Dans les grandes villes, les habitants ne disposent pas toujours du temps nécessaire pour effectuer eux-mêmes leurs achats ou récupérer leurs commandes.

Les commissionnaires rendent alors de nombreux services. Leur activité consiste à effectuer des courses, transmettre des messages, acheter des marchandises ou transporter différents objets pour le compte de particuliers.

Ils peuvent notamment être sollicités pour récupérer des préparations chez un commerçant, rapporter des provisions ou transporter un repas.

Cette fonction d’intermédiaire est particulièrement utile dans les quartiers densément peuplés, où les commerces sont nombreux et les déplacements quotidiens fréquents.

Le porteur n’est pas nécessairement attaché à un seul restaurant. Il peut travailler pour plusieurs clients ou effectuer une course ponctuelle contre rémunération.

Dans certaines maisons, cette tâche revient également aux domestiques, aux garçons de courses ou aux employés de confiance.

Il serait toutefois inexact de parler d’un corps professionnel national de porteurs de repas comparable aux livreurs actuels. Les appellations et les fonctions varient selon les lieux et les périodes. Le transport de nourriture constitue généralement une mission parmi d’autres.

Cette organisation repose avant tout sur la disponibilité d’une personne capable de se déplacer rapidement et de rapporter une commande intacte.

La gamelle, ancêtre du repas transporté

Une autre forme de transport alimentaire mérite une attention particulière, la gamelle.

Contrairement à la livraison effectuée par un commerçant ou un porteur, elle correspond à une pratique dans laquelle le repas est préparé à l’avance, puis transporté par celui qui va le consommer.

Cette habitude accompagne notamment le développement du travail industriel, des chantiers, des ateliers et des activités qui éloignent les travailleurs de leur domicile pendant plusieurs heures.

Les ouvriers emportent leur déjeuner dans un récipient métallique, une boîte, un panier ou un simple emballage. Le contenu dépend des moyens de la famille, des habitudes alimentaires et des possibilités de conservation.

On y trouve notamment du pain, du fromage, de la charcuterie, des restes du repas précédent, des légumes cuits ou des préparations faciles à transporter.

Les plats en sauce et les préparations particulièrement périssables sont plus difficiles à emporter. Le repas doit supporter les déplacements et attendre parfois plusieurs heures avant d’être consommé.

La gamelle représente donc une solution pratique à une difficulté quotidienne, comment déjeuner lorsque le domicile est trop éloigné du lieu de travail ?

Quand la famille apportait le déjeuner sur le lieu de travail

Il existe également une pratique différente,  le repas est apporté au travail par une autre personne.

Dans les familles ouvrières, il arrive que l’épouse, un parent ou un enfant apporte le déjeuner au travailleur. Cette organisation dépend de la proximité du domicile, des horaires et de la possibilité de se déplacer.

Le repas peut être transporté dans un panier, un récipient couvert ou une marmite.

Cette habitude permet de servir un repas préparé à la maison plutôt que de dépendre exclusivement des établissements de restauration.

Elle illustre une distinction importante : le transport du repas ne signifie pas toujours que celui qui le porte exerce un métier de livreur. Il peut s’agir d’une tâche familiale, intégrée à l’organisation quotidienne du foyer.

Les femmes qui apportaient le déjeuner aux ouvriers

Une scène particulièrement vivante nous vient de l’Angleterre de la fin du XIXe siècle.

Dans ses souvenirs publiés en 1962, Fred Aylett raconte son enfance dans le village de Wakering, dans l’Essex, où de nombreux habitants travaillaient dans les briqueteries.

Chaque jour, vers onze heures et demie, une scène se répétait aux abords de l’école. Des femmes se rassemblaient le long du mur, chacune portant un récipient rond contenant le déjeuner chaud destiné aux ouvriers des briqueteries.

Ces plats étaient recouverts de mouchoirs à pois rouges afin de protéger leur contenu pendant le transport. Le directeur de l’école passait alors dans les classes et annonçait l’arrivée des dinner carriers, littéralement les porteuses de repas.

Les femmes venaient ainsi apporter les repas préparés à la maison aux travailleurs qui ne pouvaient pas nécessairement rentrer déjeuner. Les enfants dont les pères travaillaient aux briqueteries pouvaient également bénéficier d’une demi-heure supplémentaire de pause à l’école pour leur apporter leur déjeuner.

Ce témoignage donne une image très concrète de cette organisation familiale et populaire, à l’heure du déjeuner, les repas quittaient les cuisines domestiques pour rejoindre les hommes sur leur lieu de travail.

Derrière cette pratique se trouvait souvent une organisation familiale dans laquelle les femmes assuraient la préparation et le transport de la nourriture.

Cette scène rappelle que, bien avant les services de livraison organisés, apporter un repas chaud à quelqu’un constituait déjà une tâche quotidienne, parfois indispensable au fonctionnement des familles ouvrières.

Des mines de Nouvelle-Calédonie aux repas livrés en ville

Des formes de restauration plus organisées se développent également dans certains territoires.

Un exemple particulièrement intéressant est celui de la Nouvelle-Calédonie. La distribution de repas aux ouvriers des mines de nickel contribue à faire émerger une tradition locale de gamelles. Cette pratique se développe notamment dans les années 1950 et s’étend progressivement aux habitants des villes.

Le service propose des repas complets, comprenant entrée, plat et dessert, apportés directement au travail ou au domicile.

Cette organisation répond aux besoins des ménages dans lesquels les femmes travaillent et facilite l’organisation des repas quotidiens.

La gamelle devient ainsi une véritable forme de restauration livrée, avec une organisation adaptée aux habitudes locales.

Cet exemple montre que la livraison de repas ne s’est pas développée partout selon le même modèle. Certaines régions ont conservé ou développé des pratiques originales, parfois très différentes de celles des grandes villes métropolitaines.

La soupe populaire, un repas préparé à portée de rue

Avant même que la livraison de repas ne devienne une activité commerciale organisée, les marchands de soupe occupent une place importante dans l’alimentation des populations urbaines.

Dans les villes françaises, la soupe constitue un aliment fondamental. Peu coûteuse, nourrissante et relativement simple à préparer en grande quantité, elle convient particulièrement aux travailleurs et aux ménages modestes.

Les marchands de soupe proposent des préparations chaudes destinées à une clientèle qui ne dispose pas toujours des moyens ou des installations nécessaires pour cuisiner convenablement.

Certains exercent dans un établissement fixe, d’autres dans la rue ou à proximité des lieux de passage.

Il faut distinguer cette vente populaire de la livraison à domicile proprement dite,  acheter une soupe auprès d’un marchand ambulant ne signifie pas nécessairement se la faire apporter chez soi.

Cependant, ces activités participent à une même évolution, la possibilité de se procurer un repas déjà préparé, sans devoir assurer soi-même toutes les opérations culinaires.

À Nantes, en mars 1907, pendant la grève des dockers et des ouvriers charbonniers, des repas sont distribués aux grévistes et à leurs familles pour compenser la perte de revenus. La soupe devient alors un moyen concret de solidarité alimentaire.

Ces initiatives montrent que le transport et la distribution de repas répondent à des besoins qui dépassent largement le confort individuel : ils peuvent aussi relever de l’entraide et de l’assistance.

Des champs aux villes : Les multiples chemins des repas

À la campagne, l’organisation des repas répond à des contraintes différentes de celles des villes.

Les travailleurs agricoles passent souvent une grande partie de leur journée loin de leur habitation, notamment pendant les périodes de travaux saisonniers.

Les repas sont alors préparés au domicile, puis transportés jusqu’aux champs.

Selon les régions et les habitudes familiales, ils sont apportés dans des paniers, des récipients couverts ou des contenants permettant de conserver les aliments.

La composition du repas dépend de la saison et des produits disponibles. Le pain, les soupes, les légumes, les fromages, les préparations à base de porc et les restes du repas familial occupent une place importante.

Les journées de moisson, de fenaison et de vendanges nécessitent une organisation particulière. Les repas doivent être suffisamment consistants pour soutenir les efforts physiques et être disponibles à proximité du lieu de travail.

Les femmes jouent fréquemment un rôle essentiel dans cette organisation. Elles préparent les repas et peuvent les apporter aux travailleurs, parfois en parcourant une distance importante.

Il faut cependant éviter de généraliser cette pratique à toutes les exploitations. Dans les fermes où les parcelles sont proches de la maison, les travailleurs peuvent rentrer déjeuner.

L’évolution des transports, de la mécanisation et de l’organisation du travail modifie progressivement ces habitudes.

Le repas apporté au champ ne constitue donc pas seulement une solution de transport alimentaire. Il est étroitement lié à l’organisation du travail agricole et à la répartition des tâches dans les familles rurales.

Quand le portage devient une aide aux personnes isolées

Au XXe siècle, le transport des repas prend progressivement une autre dimension. Il ne s’agit plus seulement de répondre aux besoins des travailleurs ou des familles disposant de moyens financiers suffisants, mais aussi de permettre aux personnes fragilisées de continuer à se nourrir chez elles.

Les personnes âgées, les malades et les personnes handicapées peuvent rencontrer des difficultés pour faire leurs courses, préparer leurs repas ou se déplacer jusqu’à un commerce.

Jusqu’alors, l’aide repose largement sur les proches, les voisins, les associations et les institutions locales.

Les familles apportent des plats préparés, les voisins peuvent déposer une soupe ou quelques provisions, et les associations organisent parfois des distributions alimentaires.

Après la Seconde Guerre mondiale, des initiatives associatives structurent progressivement cette assistance.

Un exemple particulièrement intéressant apparaît en Alsace.

Durant l’hiver 1948-1949, l’association « Aide aux Vieux », à l’origine de l’actuel Réseau APA, organise une action destinée à proposer des repas chauds et peu coûteux aux personnes démunies.

À partir de 1951, l’association commence à se déplacer directement au domicile des malades qui ne peuvent pas venir chercher leurs repas. Des plats préparés leur sont régulièrement apportés.

Cette initiative constitue une étape importante dans l’histoire du portage organisé des repas en France. Elle associe désormais préparation alimentaire, transport régulier et accompagnement des personnes qui ne peuvent plus assurer seules leur alimentation.

Le porteur de repas devient progressivement un intermédiaire entre une cuisine collective et le domicile du bénéficiaire.

Sa mission ne consiste plus simplement à transporter un plat. Elle participe au maintien à domicile et à la continuité de la vie quotidienne.

Paniers, marmites et gamelles : Transporter un repas sans emballage moderne

Le transport des aliments imposait des contraintes matérielles bien différentes de celles que connaissent les livreurs contemporains.

Les récipients devaient protéger les préparations contre les salissures, les renversements et les variations de température.

Les solutions utilisées dépendaient naturellement de la nature des aliments.

Les pots et les récipients fermés

Les soupes, les bouillons et les préparations liquides nécessitaient des contenants suffisamment solides pour éviter les fuites.

Les pots en terre cuite, les récipients métalliques et les bouteilles permettaient de transporter différents types de préparations.

Les couvercles et les systèmes de fermeture jouaient un rôle essentiel. Un récipient mal fermé pouvait rendre une livraison particulièrement délicate.

Les paniers et les boîtes

Les paniers servaient à transporter du pain, des provisions, des fruits, des légumes et des préparations enveloppées.

Les boîtes permettaient de séparer les aliments et de limiter les risques d’écrasement.

Pour les plats cuisinés, le conditionnement devait également tenir compte de la présentation. Une tourte ou une pièce de viande ne pouvait pas être transportée de la même manière qu’un potage.

Les marmites et les boîtes à repas

Dans les familles ouvrières et les campagnes, les récipients métalliques occupaient une place importante dans le transport des repas.

Les gamelles individuelles permettaient d’emporter une portion préparée à la maison. Les boîtes à repas, parfois compartimentées, facilitaient le transport de plusieurs aliments sans les mélanger.

Dans certaines régions et certains métiers, les marmites et les récipients collectifs étaient également utilisés pour apporter des préparations chaudes à plusieurs travailleurs.

Le choix du contenant dépendait du repas, de la distance à parcourir et du nombre de personnes à servir.

La gamelle métallique, devenue familière dans l’univers ouvrier, est ainsi l’un des objets emblématiques de cette histoire du repas transporté.

Les plats et les récipients réutilisables

Dans les services de proximité, les contenants pouvaient être récupérés après consommation ou réutilisés lors d’une livraison suivante.

Cette logique limitait le recours aux emballages jetables, encore peu développés dans les usages domestiques.

Les récipients faisaient ainsi partie intégrante du fonctionnement du service. Leur nettoyage, leur restitution et leur entretien représentaient des contraintes supplémentaires.

La question de la température

La conservation des aliments constituait l’une des principales difficultés.

Un plat chaud pouvait refroidir pendant le trajet, tandis qu’une préparation fragile pouvait devenir impropre à la consommation si elle restait trop longtemps dans de mauvaises conditions.

Les durées de transport étaient donc importantes. Les trajets courts facilitaient le maintien de la qualité des aliments.

Les solutions isothermes et les équipements frigorifiques modernes n’étaient pas encore disponibles dans les mêmes conditions qu’aujourd’hui.

Les pratiques anciennes de conservation ne garantissaient pas non plus les mêmes niveaux de sécurité sanitaire que les dispositifs contemporains.

Du service de proximité au portage organisé

Après la Seconde Guerre mondiale, les transformations sociales et économiques modifient profondément les habitudes alimentaires.

L’urbanisation, le développement du salariat, l’évolution de la place des femmes dans le monde du travail et le vieillissement de la population font apparaître de nouveaux besoins.

Les repas préparés à l’extérieur du domicile deviennent progressivement plus accessibles. La restauration collective se développe, les cuisines centrales prennent de l’importance et les collectivités commencent à organiser des services destinés aux personnes qui ne peuvent plus préparer elles-mêmes leurs repas.

Le portage se professionnalise progressivement.

Les structures doivent désormais organiser plusieurs opérations :

  • La préparation des repas dans une cuisine adaptée.

  • La composition des menus.

  • Le conditionnement individuel des préparations.

  • L’organisation des tournées de livraison.

  • Le transport dans des conditions sanitaires appropriées.

  • La remise des repas aux bénéficiaires.

Le porteur de repas devient alors un véritable métier dans certaines structures.

Il ne se contente plus de transporter une commande. Il doit respecter les consignes de livraison, veiller à la bonne conservation des aliments et parfois s’assurer que la personne bénéficiaire peut effectivement réceptionner son repas.

Cette dimension humaine reste particulièrement importante dans les services destinés aux personnes âgées.

Du panier au véhicule réfrigéré :La révolution du transport alimentaire

Les progrès techniques du XXe siècle facilitent considérablement le développement de la livraison alimentaire.

Le vélo, puis les véhicules motorisés, permettent d’élargir les distances parcourues et de multiplier les livraisons quotidiennes.

Les contenants évoluent également.

Les récipients métalliques et les paniers traditionnels sont progressivement complétés par des emballages plus pratiques, des barquettes et des conditionnements individuels.

Le développement des équipements frigorifiques améliore la conservation des préparations et permet de mieux maîtriser les températures pendant le transport.

Cette évolution est déterminante, elle rend possible une organisation plus régulière et plus importante des tournées.

Le repas n’est plus nécessairement préparé juste avant son départ vers le domicile. Il peut être produit dans une cuisine collective, conditionné, puis distribué selon un calendrier établi.

La livraison devient ainsi une activité organisée autour d’une chaîne de production et de distribution.

Le portage de repas, un service devenu indispensable

Le portage contemporain conserve plusieurs caractéristiques des pratiques anciennes, même si ses moyens techniques ont profondément changé.

Il existe désormais des services municipaux, associatifs et privés qui proposent des repas à domicile, notamment aux personnes âgées et aux personnes en perte d’autonomie.

Les bénéficiaires peuvent généralement choisir le nombre de repas et sélectionner leurs menus parmi différentes propositions.

Les préparations sont livrées sous forme de plateaux-repas, souvent conditionnés pour être réchauffés au moment de leur consommation.

Certains services prennent également en compte des besoins particuliers : repas sans sel ajouté, textures modifiées, préparations adaptées à certaines difficultés de mastication ou autres contraintes alimentaires.

La livraison doit respecter des exigences sanitaires précises, notamment en matière de conservation et de maîtrise de la chaîne du froid ou du chaud.

La Poste a notamment développé une offre de portage de repas en 2017, en partenariat avec des professionnels de la restauration. Le facteur assure alors la livraison au domicile des bénéficiaires, avec des équipements adaptés à la conservation des repas.

Cette évolution illustre la transformation d’une pratique ancienne en un service structuré, associant restauration, logistique et accompagnement à domicile.

Les enjeux ne sont d’ailleurs pas uniquement alimentaires. Le passage du livreur peut constituer un moment de contact avec l’extérieur pour des personnes qui vivent seules.

Du porteur de panier au livreur : Une histoire qui continue

L’histoire des porteurs de repas ne commence pas avec les plateformes numériques. Elle s’inscrit dans une longue évolution des pratiques alimentaires et des services de proximité.

Pendant des siècles, les repas ont circulé entre les cuisines, les commerces, les ateliers, les champs et les habitations grâce à des personnes dont le métier principal n’était pas toujours le transport alimentaire.

Les domestiques rapportaient les préparations des traiteurs, les commissionnaires effectuaient les courses, les proches apportaient les repas aux travailleurs et les associations distribuaient des plats aux personnes démunies.

Au XIXe siècle, certaines maisons parisiennes comme Potel et Chabot avaient déjà imaginé une organisation sophistiquée pour faire parvenir des repas complets jusque dans les demeures privées. Dans les campagnes anglaises, des femmes traversaient chaque jour les villages avec les déjeuners chauds destinés aux ouvriers des briqueteries. Ailleurs, les gamelles et les marmites accompagnaient les travailleurs tout au long de leur journée.

Puis, au XXe siècle, des structures spécialisées ont progressivement organisé le portage régulier des repas, notamment pour les malades et les personnes âgées.

Les moyens ont changé, les paniers ont laissé place aux emballages individuels, les déplacements à pied ou à vélo ont été complétés par les véhicules motorisés et les anciennes relations de proximité se sont transformées en services logistiques organisés.

Mais le principe demeure étonnamment proche, apporter à quelqu’un un repas qu’il n’a pas préparé lui-même, lui éviter un déplacement et lui permettre de continuer à manger chez lui.

La livraison moderne n’a donc pas inventé le repas livré. Elle a industrialisé, organisé et considérablement élargi une pratique qui existait déjà sous de multiples formes dans la vie quotidienne de nos ancêtres.

Quiz bistrot français : Connaissez-vous vraiment l’histoire du bistrot français ?

Les repas à domicile d’autrefois n’ont plus de secret pour vous ?

Porteurs de repas, avant la livraison moderne…

20 questions pour tester votre culture du bistrot.

Le Quiz Culinaire du Jour
Explorez la gastronomie française à travers ses produits, ses terroirs et ses traditions. Un format court, précis, ludique, pensé pour enrichir votre culture culinaire.
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.