À midi, des millions d’enfants prennent chaque jour place autour des tables d’un restaurant scolaire. Pour beaucoup, le repas à la cantine fait partie des souvenirs les plus durables de l’enfance, le bruit des couverts, les plateaux alignés, l’odeur de la purée, le poisson pané du vendredi, les frites attendues avec impatience ou les légumes parfois accueillis sans enthousiasme.
Derrière ces images familières se cache une histoire beaucoup plus ancienne et plus riche qu’il n’y paraît.
La cantine scolaire française n’a pas toujours ressemblé à celle que nous connaissons aujourd’hui. Elle est née de préoccupations sociales et sanitaires, s’est développée avec l’école républicaine, a accompagné les transformations de l’alimentation au XXᵉ siècle et reflète désormais les nouvelles exigences de qualité, de diversité et de durabilité.
Son histoire peut aussi se lire dans les assiettes. De la soupe au pain des premières distributions alimentaires aux menus composés de plusieurs éléments, des légumes secs aux produits laitiers, des plats mijotés aux préparations devenues emblématiques comme le steak-frites, la restauration scolaire raconte une partie de l’évolution des habitudes alimentaires françaises.
Aux origines de la cantine scolaire : Nourrir les enfants pour leur permettre d’apprendre
Les premières formes de restauration destinées aux écoliers apparaissent au XIXᵉ siècle, dans un contexte marqué par la pauvreté urbaine, les inégalités sociales et les préoccupations croissantes concernant la santé des enfants.
La fréquentation de l’école ne garantissait pas à tous les élèves de pouvoir déjeuner correctement. Dans les familles modestes, le repas de midi pouvait être insuffisant, irrégulier ou difficile à organiser lorsque le domicile se trouvait trop éloigné de l’établissement. Certains enfants apportaient un morceau de pain, d’autres rentraient chez eux, tandis que les plus défavorisés risquaient de passer une partie de la journée sans véritable repas.
Des initiatives locales se développèrent alors pour offrir une nourriture aux élèves nécessiteux. Elles reposaient souvent sur la solidarité, les municipalités, les œuvres philanthropiques et les Caisses des écoles, créées pour soutenir la scolarisation des enfants issus des familles modestes.
À Paris, des cantines scolaires sont notamment organisées à partir de la fin des années 1870. Leur vocation dépasse la simple distribution de nourriture, il s’agit de permettre aux enfants de poursuivre leur journée d’école dans de meilleures conditions, sans que la faim constitue un obstacle à leur apprentissage.
Les premières cantines ne disposent pas nécessairement de cuisines conçues pour une restauration collective moderne. Les repas sont souvent simples, préparés avec des moyens limités et adaptés aux ressources disponibles.
La soupe occupe une place importante dans cette alimentation. Nourrissante, économique et relativement facile à préparer en grande quantité, elle permet d’utiliser des légumes, des pommes de terre, des légumineuses ou des morceaux de pain. Elle est fréquemment accompagnée de pain, aliment essentiel de l’alimentation populaire française.
Ces repas ne correspondent pas encore à des menus standardisés. Leur composition varie selon les communes, les établissements, les dons reçus et les moyens financiers. La cantine est avant tout une réponse concrète à une nécessité sociale.
La Troisième République : L’école, l’hygiène et la question alimentaire
Avec le développement de l’école républicaine, la question de l’alimentation des enfants prend une importance nouvelle. L’école devient progressivement un lieu où l’on cherche non seulement à instruire, mais aussi à protéger et à accompagner les jeunes générations.
Les préoccupations sanitaires se renforcent. La médecine scolaire, les connaissances en matière de nutrition et les campagnes de lutte contre la pauvreté contribuent à faire du repas un élément important du bien-être des élèves.
Les Caisses des écoles jouent un rôle essentiel dans cette évolution. Leur fonctionnement permet de mobiliser des ressources locales pour soutenir les enfants dont les familles ne peuvent assumer certains frais. Dans plusieurs villes, elles participent directement à l’organisation des repas.
Les premières préparations restent modestes. Les potages, les soupes de légumes, les pommes de terre, les haricots, les lentilles et les pois cassés constituent des bases alimentaires intéressantes. Ces produits sont accessibles, nourrissants et permettent de préparer des quantités importantes.
La cuisine scolaire s’inscrit alors dans une tradition populaire où les plats mijotés occupent une place centrale. Les légumes secs apportent de l’énergie et des protéines végétales. Les céréales et le pain complètent les repas. Selon les moyens de l’établissement, une portion de viande peut être proposée, mais elle n’a pas encore la place qu’elle prendra dans les décennies suivantes.
Le repas scolaire reste très différent d’un restaurant à l’autre. Il dépend de l’organisation locale, des approvisionnements et de la situation économique des familles.
Que mangeaient les enfants dans les premières cantines ?
Il serait trompeur d’imaginer un menu national uniforme au début du XXᵉ siècle. Les repas variaient fortement d’une commune à l’autre et d’une période à l’autre.
On retrouvait néanmoins des préparations caractéristiques de l’alimentation populaire française.
La soupe constituait l’un des repas les plus pratiques. Selon les saisons et les disponibilités, elle pouvait être préparée avec des poireaux, des carottes, des navets, des choux, des pommes de terre ou des légumes secs. Elle permettait de nourrir de nombreux enfants à partir d’ingrédients relativement peu coûteux.
Les haricots blancs, les lentilles et les pois cassés étaient également adaptés à la restauration collective. Ils pouvaient être servis en potage, en purée ou en accompagnement. Leur intérêt nutritionnel et leur facilité de conservation en faisaient des aliments précieux.
Les pommes de terre, devenues incontournables dans l’alimentation française, apparaissaient sous différentes formes, bouillies, écrasées, incorporées dans les soupes ou préparées en purée.
Le pain conservait une place essentielle. Il complétait le repas et représentait un aliment rassasiant, familier des enfants.
Les desserts étaient moins systématiques qu’aujourd’hui. Selon les établissements, ils pouvaient prendre la forme d’un fruit, d’une compote ou d’une préparation lactée. La disponibilité des produits et les moyens financiers déterminaient largement leur présence.
La cantine de cette époque ne cherchait pas encore à proposer une expérience gastronomique. Elle devait avant tout apporter un repas consistant, régulier et accessible.
Les années 1930 et la période de guerre : Une restauration confrontée aux difficultés
Dans l’entre-deux-guerres, la restauration scolaire continue de se développer. Les initiatives municipales et les préoccupations sociales contribuent à renforcer sa place dans la vie des établissements.
En 1936, sous l’impulsion notamment de Cécile Brunschvicg, sous-secrétaire d’État à l’Éducation nationale, la question des cantines scolaires fait l’objet d’une attention politique accrue. L’objectif est de favoriser leur développement et de mieux répondre aux besoins des enfants.
Mais la Seconde Guerre mondiale bouleverse profondément les conditions d’approvisionnement. Les restrictions, les pénuries et le rationnement rendent la préparation des repas particulièrement difficile.
Les cantines doivent composer avec les denrées disponibles. Les menus se simplifient et les quantités sont contraintes. Les légumes, les pommes de terre, les soupes et les préparations à base de céréales prennent une importance particulière.
Cette période rappelle une réalité fondamentale, la restauration scolaire dépend étroitement de l’état de l’économie alimentaire et des ressources agricoles. Même lorsqu’un établissement dispose d’une organisation efficace, il ne peut servir que les produits qu’il parvient à obtenir.
Après la Libération, les efforts portent sur la reconstruction, l’amélioration des équipements et la régularité des approvisionnements.
L’après-guerre : Une assiette plus nourrissante et l’arrivée progressive de nouveaux produits
Les décennies qui suivent la Seconde Guerre mondiale transforment profondément l’alimentation française. L’amélioration progressive du niveau de vie, la modernisation de l’agriculture, le développement de l’industrie agroalimentaire et l’évolution des circuits de distribution modifient aussi les repas servis à l’école.
La cantine devient progressivement un véritable service de restauration organisé, et non plus seulement une distribution de repas destinés aux enfants les plus démunis.
La viande prend une place plus régulière dans les menus. Le bœuf, le veau, le porc et la volaille apparaissent sous différentes formes, viande en sauce, boulettes, rôtis, hachis ou préparations mijotées.
Les plats traditionnels de la cuisine familiale trouvent naturellement leur place dans les cuisines scolaires. Blanquette, bœuf aux carottes, sauté de porc, pot-au-feu ou hachis parmentier répondent aux contraintes de la préparation en grande quantité tout en offrant des repas complets.
La purée de pommes de terre devient un accompagnement familier. Les pâtes, le riz et les légumes cuits complètent les assiettes.
C’est également au cours de cette période que les produits laitiers gagnent en importance dans l’alimentation des enfants. Le lait, les fromages, les yaourts et les desserts lactés s’installent progressivement dans les habitudes alimentaires. Ils accompagnent la diffusion des recommandations nutritionnelles qui insistent sur l’importance du calcium pendant la croissance.
Les fruits frais et les compotes occupent également une place plus visible dans les repas.
La cantine commence ainsi à ressembler davantage à celle que plusieurs générations d’adultes ont connue, une entrée, un plat accompagné de légumes ou de féculents, un produit laitier et un dessert, même si la composition exacte varie encore considérablement selon les établissements.
Les années 1950 à 1970 : La cantine devient un rendez-vous quotidien
L’après-guerre marque une étape décisive. La croissance démographique, l’augmentation du nombre d’élèves et l’évolution du travail des parents rendent nécessaire une organisation plus importante de la restauration scolaire.
Les communes développent leurs services, les associations de parents s’impliquent et les établissements s’équipent progressivement de réfectoires adaptés. La cantine devient peu à peu une composante ordinaire de la journée scolaire.
Les menus se diversifient. Les recommandations nutritionnelles de 1949 encouragent déjà une meilleure variété des aliments et une attention portée à leur valeur nutritive. En 1971, une circulaire consacrée à l’alimentation de l’écolier précise davantage la composition des repas.
Dans les assiettes, cette évolution se traduit par une présence plus régulière de la viande, du poisson, des légumes, des féculents et des produits laitiers.
Le lait prend une place particulière dans cette histoire. En octobre 1954, Pierre Mendès France encourage la distribution d’un verre de lait dans les écoles afin de lutter contre la malnutrition infantile. Cette initiative contribue à installer le lait dans l’univers alimentaire scolaire. Elle s’inscrit aussi dans une période où les produits laitiers sont de plus en plus associés à la croissance et à la bonne santé des enfants.
Les fromages deviennent des éléments familiers des repas. Les yaourts et les desserts lactés se développent avec la modernisation de l’industrie laitière et la diffusion de produits conditionnés, faciles à stocker et à distribuer.
Le repas scolaire se structure progressivement autour de plusieurs composantes. L’entrée, le plat principal, sa garniture, le produit laitier et le dessert forment une organisation qui va durablement marquer les habitudes de la restauration collective.
Cette période voit également évoluer les équipements et les objets du repas, plateaux, assiettes, verres, couverts et mobilier adaptés à un service accueillant un grand nombre d’enfants. Les salles de restauration deviennent des lieux familiers, avec leurs tables alignées et leur animation sonore caractéristique.
L’apparition des plats emblématiques de la cantine
À mesure que la restauration scolaire se généralise, certains plats s’installent dans la mémoire collective. Ils ne sont pas nécessairement propres à la cantine, ils appartiennent souvent à la cuisine familiale française, mais leur préparation en grande quantité et leur coût relativement maîtrisé les rendent particulièrement adaptés aux restaurants scolaires.
Le steak-frites est l’un des exemples les plus évocateurs. Il associe une préparation familière à une garniture appréciée des enfants. Sa présence dépend toutefois des établissements, des budgets et des périodes. Il devient progressivement l’un des repas attendus, parfois associé aux jours de fête ou aux menus améliorés.
La purée de pommes de terre occupe une place tout aussi importante. Facile à servir et appréciée pour sa texture douce, elle accompagne les viandes en sauce, les saucisses, les rôtis ou les préparations hachées. Elle est parfois réalisée à partir de pommes de terre fraîches, parfois à partir de produits déshydratés ou de préparations industrielles, selon les équipements et les choix de cuisine.
Les coquillettes, les macaronis et les spaghettis deviennent également des classiques. Servis avec du beurre, une sauce tomate ou une préparation à la viande, ils répondent aux goûts des enfants et permettent de composer des repas économiques.
Le poisson pané s’impose lui aussi dans de nombreux restaurants scolaires. Sa présentation régulière, son goût relativement doux et sa facilité de préparation contribuent à son succès. Il permet de proposer du poisson sous une forme plus familière aux jeunes convives, même si sa qualité dépend de la composition du produit et de sa préparation.
Les petits pois-carottes, les haricots verts, les carottes râpées et les betteraves font partie des garnitures et entrées que plusieurs générations associent à la cantine. Les légumes sont parfois moins populaires que les féculents, mais ils constituent une composante essentielle des repas.
Le hachis parmentier, le bœuf bourguignon, les boulettes de viande, les gratins et les préparations à base de volaille trouvent également leur place. Ils permettent de varier les menus tout en s’appuyant sur des recettes connues de la cuisine française.
La cantine forge ainsi son propre répertoire culinaire. Il ne s’agit pas d’une gastronomie autonome, mais d’une adaptation de la cuisine familiale et populaire aux contraintes de la restauration collective, volumes importants, coût maîtrisé, service rapide, conservation et acceptation par les enfants.
Les années 1980 et 1990 : Industrialisation, cuisines centrales et nouveaux usages
À partir des années 1980, la restauration scolaire connaît une nouvelle transformation. Le nombre de repas à produire, les contraintes d’organisation et les investissements nécessaires conduisent certaines collectivités à modifier leur fonctionnement.
Les cuisines centrales se développent. Elles permettent de préparer les repas dans un lieu unique avant de les transporter vers plusieurs écoles. Ce modèle facilite la production à grande échelle, la planification des menus et la maîtrise des coûts, mais il éloigne parfois la préparation du lieu où les enfants déjeunent.
Les modes de production ne sont toutefois pas uniformes. Certaines communes conservent des cuisines sur place, d’autres adoptent une organisation mixte ou font appel à des prestataires de restauration collective.
Cette évolution accompagne la diffusion de produits transformés ou semi-préparés. Les légumes surgelés, les préparations conditionnées, les desserts industriels et les produits panés facilitent le travail des équipes et permettent de servir un grand nombre de convives.
Il serait néanmoins excessif de résumer cette période à l’arrivée de la nourriture industrielle. Les cuisines scolaires continuent de proposer des plats préparés sur place, des viandes mijotées, des légumes cuits, des gratins et des desserts simples. Les pratiques varient fortement selon les moyens des collectivités et les choix de gestion.
Les années 1990 voient également progresser les préoccupations liées à la qualité nutritionnelle. La question ne porte plus uniquement sur la quantité de nourriture distribuée, mais aussi sur la diversité des aliments, la fréquence des produits et l’équilibre des repas.
Les menus commencent à être davantage pensés sur plusieurs semaines. L’objectif est de varier les sources de protéines, les garnitures, les produits laitiers et les desserts, plutôt que de considérer chaque déjeuner isolément.
Depuis les années 2000 : nutrition, goût et qualité des produits
Le début du XXIᵉ siècle marque un changement important dans la manière de concevoir la restauration scolaire. La lutte contre la dénutrition reste un enjeu historique, mais les préoccupations se déplacent aussi vers l’équilibre alimentaire, la prévention du surpoids, la qualité des produits et l’éducation au goût.
Le Programme national nutrition santé, lancé en 2001, contribue à renforcer cette orientation. Les recommandations concernant la restauration scolaire se précisent, avant que les textes de 2011 ne fixent un cadre plus détaillé pour la composition des repas.
Les menus doivent favoriser la variété et respecter des fréquences de présentation pour certaines catégories d’aliments. La restauration scolaire ne se limite plus à proposer un plat nourrissant, elle doit contribuer à une alimentation diversifiée sur la durée.
Les fruits et légumes prennent une place plus visible. Les crudités, les légumes cuits, les fruits frais et les compotes sont intégrés dans des menus conçus pour répondre aux besoins des enfants.
Les produits laitiers restent présents, mais leur diversité s’élargit, yaourts nature ou aromatisés, fromages, fromage blanc et autres desserts lactés. Les choix doivent toutefois être appréciés au regard de leur teneur en sucre, en matières grasses et de leur intérêt nutritionnel.
Les préparations traditionnelles conservent leur place. Les viandes en sauce, les gratins, les plats de légumes, les poissons et les féculents continuent de composer une grande partie des repas. Mais les cuisines scolaires cherchent davantage à travailler les goûts, les textures et les présentations.
La découverte alimentaire devient un objectif à part entière. Faire goûter un légume peu connu, proposer une variété de poisson, présenter une céréale différente ou faire découvrir une spécialité régionale participe à l’éducation alimentaire des enfants.
Les plats régionaux font leur entrée dans les menus
La restauration scolaire peut aussi être un lieu de transmission du patrimoine culinaire. Les plats régionaux offrent une manière concrète de faire découvrir aux enfants la diversité des traditions alimentaires françaises.
Un menu consacré à une région peut présenter une potée auvergnate, une garbure du Sud-Ouest, une soupe au pistou provençale, une flamiche picarde ou une spécialité bretonne. Les recettes doivent naturellement être adaptées aux contraintes de la restauration collective et aux besoins nutritionnels des convives.
Ces propositions permettent de raconter l’origine d’un plat, les produits d’un territoire et les habitudes alimentaires qui l’ont fait naître. Elles donnent aussi une dimension culturelle au déjeuner.
Les produits locaux et de saison peuvent compléter cette démarche. Une pomme issue d’un verger régional, une lentille d’un terroir identifié, une volaille produite à proximité ou un légume récolté au bon moment deviennent autant d’occasions de relier le repas à son environnement agricole.
La cuisine régionale ne doit cependant pas être réduite à une animation ponctuelle. Elle peut s’inscrire dans une véritable politique de découverte des produits, des saisons et des savoir-faire.
Depuis 2018 : Le retour de la qualité des produits et des exigences environnementales
La loi EGAlim, adoptée en 2018, marque une nouvelle étape dans l’évolution de la restauration collective. Elle renforce les objectifs d’approvisionnement en produits durables et de qualité, encourage l’agriculture biologique et introduit de nouvelles exigences concernant les menus.
Depuis le 1er janvier 2022, les restaurants collectifs concernés doivent notamment proposer au moins 50 % de produits durables et de qualité dans leurs achats alimentaires, dont au moins 20 % issus de l’agriculture biologique. Depuis 2024, des objectifs spécifiques concernent également les achats de viandes et de poissons.
Ces seuils portent sur la valeur des achats alimentaires, et non sur la proportion de produits présents dans chaque assiette. Cette distinction est importante pour comprendre la portée réelle de la réglementation.
La restauration scolaire doit aussi proposer au moins un menu végétarien par semaine. Cette disposition encourage la diversification des sources de protéines et permet de faire découvrir aux enfants d’autres associations alimentaires, légumineuses, céréales, œufs, produits laitiers et légumes.
Les lentilles, pois chiches, haricots secs et pois cassés retrouvent ainsi une place intéressante dans les menus. Longtemps associés à une cuisine populaire et économique, ils sont aujourd’hui appréciés pour leur intérêt nutritionnel et leur rôle dans une alimentation moins dépendante des protéines animales.
Cette évolution ne signifie pas la disparition de la viande ou du poisson. Elle invite plutôt à mieux équilibrer leur fréquence, leur qualité et leur place dans les repas.
La lutte contre le gaspillage alimentaire constitue un autre enjeu majeur. Les quantités préparées, les portions servies et les préférences des enfants doivent être mieux prises en compte. Un repas équilibré qui finit systématiquement à la poubelle ne remplit qu’imparfaitement sa mission.
La cantine d’aujourd’hui : Un repas, mais aussi Une expérience éducative
La restauration scolaire contemporaine doit répondre à plusieurs exigences simultanées. Elle doit nourrir les enfants, respecter les règles sanitaires, tenir compte de leurs besoins nutritionnels et proposer des repas suffisamment attractifs pour être consommés.
Les allergies et les intolérances alimentaires demandent une attention particulière. Les établissements doivent pouvoir prendre en compte certaines situations médicales, notamment au moyen d’un projet d’accueil individualisé lorsque cela est nécessaire.
Les équipes doivent également prévenir les risques de contamination croisée et assurer la traçabilité des produits. La sécurité alimentaire constitue une dimension essentielle du service, même si elle reste largement invisible pour les enfants.
Le repas est aussi un moment de socialisation. Les élèves apprennent à partager une table, à respecter les autres convives, à utiliser les couverts et à découvrir des aliments qu’ils ne connaissent pas toujours à la maison.
L’éducation au goût ne se limite pas à demander aux enfants de terminer leur assiette. Elle suppose de leur donner le temps d’observer, de sentir, de goûter et de comprendre ce qu’ils mangent. La présentation, la température, la texture et la qualité de la préparation influencent fortement leur perception du repas.
Un légume servi avec soin, une sauce préparée avec de bons ingrédients ou un plat traditionnel raconté par un adulte peuvent susciter davantage de curiosité qu’une simple injonction à manger équilibré.
La cantine peut ainsi devenir un lieu de découverte culinaire, à condition de ne pas dissocier les recommandations nutritionnelles du plaisir de manger.
La cuisine sur place et le savoir-faire des équipes
La question du mode de production reste importante. Certaines collectivités privilégient les cuisines sur place, d’autres les cuisines centrales ou des organisations mixtes.
La cuisine sur place permet de rapprocher la préparation du moment du service. Elle peut favoriser le travail des produits frais, l’adaptation des quantités et le dialogue entre les équipes de cuisine et les établissements.
La cuisine centrale, de son côté, permet de produire des volumes importants et de desservir plusieurs sites. Elle nécessite une organisation rigoureuse du transport, du maintien en température et de la remise en température lorsque les repas sont livrés sous forme de préparations réfrigérées.
Aucun de ces modèles ne garantit à lui seul la qualité d’un repas. Celle-ci dépend des produits achetés, des recettes, des compétences des personnels, du matériel disponible et du temps consacré à la préparation.
Les cuisiniers, agents de restauration et personnels de service occupent une place essentielle dans cette institution. Leur travail ne se résume pas à produire et distribuer des repas. Ils participent à l’accueil des enfants, à la découverte des aliments et au bon déroulement du temps méridien.
Leur savoir-faire mérite d’être reconnu, car préparer plusieurs centaines de portions avec une qualité régulière exige des compétences techniques, une bonne organisation et une connaissance précise des contraintes alimentaires.
Les souvenirs de cantine : Une mémoire collective française
La cantine scolaire possède une place particulière dans la mémoire des générations qui l’ont fréquentée.
Les souvenirs sont souvent très contrastés. Certains évoquent avec plaisir les frites, les coquillettes au beurre, les gratins, les crèmes dessert ou les repas de fête. D’autres se rappellent les légumes trop cuits, les poissons panés, les épinards imposés ou les longues files d’attente.
Le pain, les plateaux, les verres parfois empilés, les tables bruyantes et les annonces du menu font partie de cet imaginaire collectif.
Ces souvenirs ne racontent pas seulement une expérience individuelle. Ils témoignent aussi de l’évolution de la société française. Les générations qui ont connu les premières cantines ne mangeaient pas comme celles des années 1970, et les enfants d’aujourd’hui découvrent des produits, des recettes et des exigences alimentaires très différents.
La cantine a également accompagné la transformation des rapports à l’alimentation. Autrefois conçue principalement pour répondre à la faim, elle est devenue un service quotidien qui associe nutrition, éducation, santé publique et découverte culturelle.
Quel avenir pour la cantine scolaire française ?
Les prochaines évolutions de la restauration scolaire dépendront autant des choix alimentaires que des réalités économiques et agricoles.
L’approvisionnement local, les produits de saison, la qualité des matières premières et la réduction du gaspillage devraient continuer à occuper une place importante. Les collectivités devront concilier ces objectifs avec des budgets parfois contraints et des volumes de repas considérables.
La place des protéines végétales devrait également progresser. Les légumineuses, les céréales complètes et les légumes peuvent enrichir les menus, à condition d’être travaillés avec des recettes adaptées aux goûts des enfants.
La transmission du patrimoine culinaire constitue une autre piste prometteuse. Faire découvrir une soupe régionale, un plat mijoté, une spécialité de terroir ou un produit agricole emblématique permet de donner du sens au repas.
Il ne s’agit pas de transformer chaque déjeuner en leçon d’histoire ou en repas gastronomique. Il s’agit plutôt de rappeler que l’alimentation possède une dimension culturelle, et que l’école peut contribuer à la faire découvrir.
La cantine scolaire a parcouru un long chemin depuis les premières soupes distribuées aux enfants pauvres du XIXᵉ siècle. Elle est passée d’une réponse à l’urgence sociale à un service collectif structuré, puis à un lieu où se rencontrent nutrition, éducation et culture alimentaire.
Son histoire se lit dans les menus autant que dans les textes qui l’ont encadrée, du pain et du potage aux repas composés de plusieurs éléments, des légumes secs aux produits laitiers, des plats mijotés aux recettes régionales et aux menus végétariens.
Et si certains plats continuent de susciter des souvenirs mitigés, la cantine demeure une expérience commune à des millions d’écoliers.
Elle est l’un des endroits où se construit, dès l’enfance, une relation à la nourriture, aux autres et au patrimoine culinaire français.
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